LA PIŒI'ARATIO.N DU « GÉNIE DU CHRISTIANISME
cherchentunc jiistilication rationnelle. Hékel, qui s est bien i-cndu compte que le centre de la nouvelle apologétique passait par eux, a essayé ing-énieusemcnt d'enlever à ces maximes rousseauistes leur allure de paradoxes illogiques, et il a consacré presque tout un volume à « développer cette l)roposition » : « être, être vrai, être bon, n'est qu'une même chose; ou le beau et le hon doivent être inséparablement liés dans les beaux-arts, comme le vrai et YnlUe le sonten pliilosopliie' ». Fénelon lui fournissait les preuves pour étal)lir le [trincipe métaphysique dont il avait besoin, et « il en déduisait, disait-il, la démonstration d'une proposition bien importante en morale, et qu'on a souvent énoncée sans la prouver, c'est que : puisque être vrai et être bon n'est qu'une même chose, toute vérité est bonne, c'cst-à-dirc utile aux hommes, et tout ce qui leur est funeste ou préjudiciable est une fausseté ou une erreur. Quelle preuve contre l'athéisme et le matérialisme-» ! Ainsi, parce biais, la dialectique rousseauisle rentrerait, au moins verbalement, dans la logique commune; mais, de tous ceux qui s'en servent alors, bien peu éprouveront cette pudeur de rationalisme. La plupart, au contraire, ne dissimuleront pas leur indifférence à l'égard de la vérité vraie. On a déjà vu le mépris de Ballanche pour cette (' froide raison », qui ne sait que briser « le talisman des illusions' ». Voici encore une belle page de Ramond, contemporaine du Sentiment, où le même scepticisme s'affirme, avec, d'ailleurs, une si émouvante puissance de sympathie, qu'on oublie presque la thèse philosophique, pour s'abandonner tout entier au charme du mystère. Devant ce voyageur-poète qui escalade le Mont Perdu, parmi les blocs erratiques qui ont roulé aux flancs de ce « Sinaï », tout-àcoup, dans l'immense nudité d'un paysage désolé, apparaît « la silencieuse enceinte où il a plu à Marie de cacher son oratoire » :