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Importance des opinions relitjieiises

LA l'HCI'AHATION DU " (ÎENIE DU CHRISTIANISME ». 301

et nous. Xon; ce nest pas là toute la question, ce ne l'est pas ; car, si dix-liuit siècles d'existence avaient consacré dans le monde une leli-iion, l'appui de la morale et la source de tant d'espérances consiilatrices, il faudrait la respecter. Oui, au milieu dos doutes auxquels on pourrait se livrer, il serait imprudent, sous le rapport de l'ordre social, dur et cruel, sous le rapport du bonheur individuel, de discrédilor tt.ul à coup une telle religion, et d'oniployer, pour y réussir, l'aï^cciidant des philosophes, la subtilité des rhéteurs, les insultes des orateurs satiriques, et, comme un moyen plus efficace, l'autorité puissante du gnuvernement. Nous vous fermons donc toute espèce d'issue, l)uisque le scepticisme, ou le manque de foi. ne suffisent pas à voire justification. Tout peut se faire et se défaire, excepté l'antiquité. Ainsi, quand une opinion utile au monde est revêtue (lu sceau du temps, c'est une mauvaise pensée que de vouloir la détruire, et une mauvaise action que d'employer son esprit à une telle entreprise '.

Ne nous scandalisons pas Irop. Ou plutôt soyons sûrs que ce ne sont pas ces aphorismcs cjui ont scandalisé les lecteurs de M. Necker : le besoin de vérité est alors à l'arrièreplan dans la plupart des jeunes âmes : ce qu'elles veulent, c'est être consolées, charmées, réconfortées, enchantées. On connaît la si agréajjlc lettre de Joubertà Mmede Beauinont sur le Cours de morale religieuse. Il sortait de Condillac, qui lui avait « roidi et desséché l'esprit », quand un Massillon lui tomba par hasard sous les mains. « Il m'a huilé et détendu, écrit Joubert. M. Necker, qui est survenu, ne m'a pas nui; je suis tombé de l'huile dans la graisse, et je me sens rempAté. Écoulez donc : il y a dans ce gros livre du ridicule, et un ridicule qu'assurément on ne pardonnera pas; mais tant pis pour ceux qui ne sauront pas y trouver de l'utilité, et se borneront à en rire. Il y a de grands profils à faire, en parlant comme M. Necker, pour sa vie et pour son es[)rit- >'. Jo vois bien tout ce qui a paru

J. Cours de morale religieuse [498], 111, 226-227. 2. Lettre du 1" décembre 1800 [146 B', I, 55. Le reste de la lettre est fort précieux, parce que Joubert nous y révèle les besoins spiri-

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ridicule à Joubert dans le livre de M. Necker : cette emphase continue, ce ronronnement de prédicateur, ce mélange d'onction pastorale et de précision financière, cette prud'homie que ne vient jamais détendre un sourire d'ironie ou de nonchalance. Mars, sur les principes et « l'utilité » de ces principes, soyons certains que Joubert se trouve en plein accord avec l'auteur du Cours de morale religieuse. Quel dommage que ses Pensées nous aient été offertes dans un désordre chronologique qui ne permet pas de lesemployer en toute sûreté, comme il conviendrait, l)our l'histoire morale du pays ' ! A défaut d'autre critérium, je reste persuadé que certaiups maximes de Joubert sont contemporaines du Cours de Xcckcr. je dirais même que c'est Necker qui les a suggérées, si toute la génération de Joubert ne restait pas pénétrée de ces principes rousseauistes. Ils se montrent débarrassés de cette <( graisse » où Necker les avait « empâtés » ; les facettes de la phrase sont autrement aiguës, mais la pensée est identique : elle a même chez Joubert une impertinence cavalière oïl l'on sent le désir de scandaliser son lecteur.

S'il n'est pas nécessaire de croire tout ce que les religions enseignent, il serait beau, du moins, de faire tout ce qu'elles prescrivent. — Toutes les religions sont bonnes; la meilleure pour chaque homme est celle qu'il a. — Il faut chercher par tous les moyens possibles à se la persuader, et à s'en convaincre; cela importe à nous, à nos familles, à nos voisins, et au genre humain. 11 est nécessaire d'y croire; il ne l'est pas

luels de tout un public, en indiquant sur ([ucl ton. à sun avis, le livre de Necker aurait dû être , écrit, pour devenir « un bel ouvrage », et cette moderne apologie du cliristianisme » (jui serait bien nécessaire ». « En d'autres termes, — selon la juste remarque de M. V. Giraud [Joiiberl, textes choisis et commentés. Bibliothèque Irangaise, Paris, Pion, s. d. [1014J, in-16, p. 52, note), — « Joubert, qui ne connaît pas encore Chateaubriand, regrette que Necker n'ait pas écrit le Génie du chrintianisme ».

1. Il faut espérer que M. André Beaunier, dans le grand ouvrage (|u'il a entrepris sur Joubert, nous apportera ce classement chronologique, ou nous permettra, du moins, de le tenter plus sûrement.

LA PREPARATION DU « GENIE DL" CHRISTIANISME ». 303

qu'elle soit vraie. — Toute religion e>t toujours d'une vérité suiiisante pour faire mieux que si on ne l'avait pas. — Ce n'est pas la vérité de ce qui est l'objet de la foi, mais la nécesbité de croire qu'il faut démontrer.... Dieu ne nous doit point la vérité, qui est son partage; il ne nous doit que la persuasion, qui nous suffit. — Il suffit que la religion soit la religion, il n'est pas nécessaire qu'elle soil vérité. Il y a des choses qui ne sont bonnes que lorsqu'elles sont vraies. 11 y en a d'autres qui, pour être bonnes, n'ont besoin que détre pensées. — Qu'importe la vérité historique, où est la vérité morale! — La vérité? oui, la vérité qui sert h être bon, mais non pas la vérité qui ne sert <in'à être savant, — Je crois (philosophiquement parlant, c'està-dire abstraction faite de toute autorité, cl en préférant l'espéi-.ince qu'on a à celle qu'on n'a pas) que la religion est encore plus nécessaire à cette vie qu'à l'autre '.

On aura reconnu dans cette dernière maxime l'une des idées chères à Julie, quand elle i)arle de Wolmar. Mais, à toutes ces maximes que je viens de citer, Julie n'aurait elle pu souscrire^? et ne serait-ce pas Rousseau qui les aurait inspirées à Joubert, sans cjuc peut-être celui-ci en ait eu toujours conscience? Les Pensées sont parfois dures pour Rousseau, mais pour son caractère plus que pour sa philosophie. Il aurait été impossible d'injurier le Vicaire Savoyard, quand on reprend sa méthode, quand on affirme avec lui que le signe de la vérité est sa bienfaisance, que l'erreur n'est pas un mal, si elle est conforme à notre nature, que la vie a été « faite pour être pratiquée et non pas pour être connue^ ». Toute la dialectique sentimentale de Rousseau a trouvé ses formules définitives dans Joubert. Que, malgré l'opposition des tempéraments et des cultures, Joubert n'ait pas échappé à la séduction de Rousseau, c'est bien la preuve, semble-t-ii, qu'aux environs du Concordai,

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