Pensées [146 A
304 ROUSSEAl' ET LA RESTAURATION RELIGIEUSE.
il est difficile, pour une âme sensible, de renoncer au philosophisme, sans demander à Rousseau les principes libérateurs.
Ces principes, dont la contagion allait devenir irrésistible parmi les lecteurs de Chateaubriand, ne laissaient pas de révolter certains esprits, même parmi ceux qui demandaient au sentiment la flamme de leur vie. Les uns, parce que cet utilitarisme les révoltait, et qu'ils rêvaient d'une religion plus profonde; les autres, parce qu'ils gardaient en eux un voltairianisme trop impénitent pour abdiquer, sans lutte, le droit de raisonner. Quand Chateaubriand écrira dans la première préface du Génie : « je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles; ma conviction est sortie du cœur; j'ai pleuré et j"ai cru ' », — Saint-INIartin ripostera spirituellement : « Hélas! que n'a-t-il eu le bonheur de commencer par être sûr! Combien ensuite il aurait pleuré ^ »! En des pages d'une critique plus nerveuse et plus claire qu'à son habitude, il reprochera à tous ces apologistes qui se jouent agréablement à la surface des grands problèmes, de se montrer trop indifférents à la vérité vraie, de négliger <( la nourriture substantielle dont notre intelligence a besoin >, et de ne pas pénétrer jusqu'au cœur de la ■< iihilosophie divine^ ». Senancour sera plus vif encore. Ce |,romeneur solitaire, qui a hérité de son illustre précurseur le goût de la « rêverie », se maintient volontiers, comme lui, dans les régions du sentiment, dans les clairs-obscurs du cœur; mais, en même temps, le rationalisme n'est pas chez lui, comme chez le Vicaire Savoyard, un besoin intermittent : c'est une exigence foncière. De sa fré(]iicnlation avec N'oliaire et les plus