‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 234 sur 386 · Id · texte numérisé non relu

Id

3. Cf. lédition primitive des Rêveries, XII [495 A], I, 177-182; Oherniann, XLIII [.522'"*], I, 185-186; édition de 1809 des Rêveries, XXXV, « De rimmortalité », XXXVI. « Du christianisme ■> [495 B], 207-217. — Sur l'évolution religieuse de Senancour, que je ne puis ici aborder, cf. les fines analyses de M. Meriant [593], 119-175.

La religion de J. J. Rousseau. — IIL 20

blissez la vérité, l'inconleslable vérité des choses que vous annoncez. Elles sont belles sans doute, elles sont morales et poétiques, mystérieuses et pittoresques. Mais ce n"esl pas du tout de cela qu'il s'agit : prouvez qu elles sont vraies. Pour plaire aux hommes, c'est beaucoup de les amuser ou de les intéresser; mais, pour en faire des croyants, il faudrait tout autre chose '.

C'est qu'en effet, pour tous ces disciples de Jean-Jacques, il ne s'agit pas de ramener à l'Église des croyants, mais de lui procurer des défenseurs et des âmes; il s'agit de rassembler autour des dogmes, ou, pour prendre un langage moins scolastique, autour des grands thèmes religieux, ces (> arguments qui parlent au cœur et auxquels on aurait même regret de trouver quelque bonne réponse ». Jean-Jacques a popularisé quelques-uns de ces arguments; mais, en se servant de sa même méthode, on peut en faire valoir d'autres. Ce serait encore aujourd'hui, écrit Necker, <( le plus utile emploi du génie, et aussi le terme le plus magnifique offert à ses travaux, de chercher, de trouver un degré d'autorité, un degré de vraisemblance de plus aux idées religieuses ^ ». Ce sera là précisément la tâche de Chateaubriand.

On voit donc quelle aura été sur cette génération l'intluence restauratrice de Rousseau. Ce qu'il lui aura donné, ce n'est pas tant la preuve que l'éloge du christianisme; ce qu'il aura rendu contagieux, c'est cette séduction sentimentale qui permet de faire meilleur accueil aux preuves proprement dites. Donner (( de la vraisemblance aux idées religieuses », c'est les transformer en sentiments, c'est en faire des amies qu'on accueille avec distinction, en attendant qu'on se laisse un jour ou l'autre convaincre par elles. « La religion, dira Maine de Biran, se- présente, à la lin de la vie, comme la grande, l'unique source de consolation et de force morale; mais, si le sentiment reli-

1, Rêveries, XXXVl [4'J5 li], 21'.».

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