‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 236 sur 386 · Journal intime · texte numérisé non relu

Journal intime

christianisme romain '. Chiniac, dans une page qui est toute pleine de réminiscences de Rousseau, se résigne au dogme, pour conserver la morale : « Il faut, dit-il, laisser la subtile interprétation des dogmes qu'on n'entend pas, les respecter sans les rejeter, et s'en tenir aux vérités lumineuses qui frappent nos yeux, aux vérités de pratique, qui nous instruisent de nos devoirs- ». Delisle de Sales, plus précis encore, conseille à tous les Vicaires Savoyards de rester à l'autel, même sans une foi intégrale, et « de concilier, en quelque sorte, cette espèce d'hypocrisie avec leur conscience, en gardant sur le dogme un silence respectueux, en ramenant un culte fastueux à sa simplicité primitive, et surtout en propageant une morale sublime, qui, née avec le cœur de l'homme, s'amalgame av«c toutes les religions' ». Tous ces théistes christianisants se trouvent d'accord pour léclamer un « christianisme accommodé au temps », <( dépouillé du vernis de superstition '», et faisant avec la raison un concordat tacite aux dépens des mystères, mais au profit des rites.

Relisons maintenant cette pensée de Joubert^ qui doit être contemporaine du Génie du christianisme, ou le précéder de peu : « Je parle aux âmes tendres, aux âmes ardentes, aux âmes élevées, aux âmes nées avec un de ces caractères distinctifs de la religion, et je leur dis : il n'y a que Jean- Jacques Rousseau qui puisse vous détacher de la religion, et il n'y a que la religion qui puisse vous guérir de Jean- Jacques Rousseau'^ ». Joubert veut dire, si je ne me trompe : 11 n'y a que Rousseau qui puisse vous détacher de la religion, parce que des âmes « tendres », des âmes « élevées », sont inaccessibles aux plaisanteries de Voltaire et aux grossièretés de D'Holbach; mais il n'y a que la

1. Mosneron, Vie du législateur des chrétiens [520], 37-38 et note.

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