il. .■;.■; [4S51, m, 2(io
3. Il, 13, 34, 37, 46, 51J [48.5], 111, 72, 187-188, 194, 227, 245.
4. Cf. 11, 50 [485], 111, 244 : " Quant aux curés, ils étaient pleins de préjugés et d'ignorance; mais la simplicité du cœur, la sainteté de la vie, la pauvreté évangéli(jue, la charité céleste en faisaient la partie la plus respectable de la nation. J'en ai connu quelques-uns, qui semblaient moins des hommes que des esprits bienfaisants, descendus sur la terre pour soulager les maux de l'bumanilé. Souvent ils se dépouillèrent de leurs vêtements pour en couvrir la nudité de leurs somblal)les; souvent ils se refusèrent la vie même pour nourrir le nécessileux. Qui oserait reprocher à de tels hommes quelque sévérité d'opinion? Qui de nous, superbes philanthropes, voudrait, durant la rigueur des hivers, dans l'épaisseur des ténèbres, se voir réveiller nu milieu de la nuit, pOur aller porter au loin dans la campagne un Dieu de vie à l'indigent expirant sur un peu de paille? Qui de nous voudrait avoir sans cesse le cœur brisé du spectacle d'une misère qu'on ne peut secourir? se voir environné d'une famille à moitié nue. dont les joues creuses, les yeux hâves annoncent l'ardeur de la faim et de tous les besoins? Consentirons-nous à suivre le curé de la ville dans le séjour du crime et de la douleur,
qucs certaines aux pagres lameuscs de Jean-Jacques. Elles participent du même esprit et de la même ferveur; elles apparaissent, elles aussi, comme des îlots de sensibilité dans un ensemble de raisonnements, où elles ne parviennent pas à s'adapter. Qu'on relise celte méditation sur Jésus : c'est la même inconséquence dans l'admiration, le même ravissement d'esthète, la même tendresse d'homme « sensible » devant une divine figure. Ce n'est pas le Jésus des «philosophes »; c'est le Jésus des Églises chrétiennes, et même le Jésus, je ne dis pas de la théologie catholique, mais de la piété catholique. Et l'on ne s'étonne point que, quelque cinq ans plus tard, Chateaubriand ait pu utiliser ce portrait, en y faisant de légères retouches, dans son Génie du christianisme :
Il n'est point né dans la pourpre, mais dans Ihunible asile de l'indigence. Il n'a point été annoncé aux grands et aux superbes; mais les anges l'ont révélé aux petits et aux simples; il n'a point réuni autour de son berceau les heureux du monde, mais les infortunés; et, par ce premier acte de sa vie, il s'est déclaré, de préférence, le Dieu du misérable. Si la morale la plus pure et le cœur le plus tendre, si une vie passée à combattre l'erreur et à soulager les maux des hommes, sont les attributs de la Divinité, qui peut nier celle de Jésus-Christ? Modèle de toutes les vertus, l'amitié le voit endormi sur le sein de Jean, ou léguant sa mère à ce disciple chéri; la tolérance l'admire avec attendrissement dans le jugement de la femme adultère; partout la pitié le trouve bénissant les pleurs de l'infortuné'; dans son amour pour les enfants, son innocence et sa candeur se décèlent; la force de son àme brille au milieu des tourments de la croix; et son dernier soupir, dans les angoisses de la mort, est un soupir de miséricorde '.
pour consoler le vice et l'impureté, sous ses formes les plus dégoûtantes, pour verser Tespérance dans un cœur désespéré? Qui de nous, enfin, voudrait se séquestrer du monde des heureux, pour vivre éternellement parmi les soulTranccs, et ne recevoir, en mourant, pour tant de bienfaits, (]ue l'inp-raliludo des pauvres et la calomnie des riches ••?
1. Il, 34 [483], III, 187- ISS : cf. Génie du clirislianisme, IV, lu, I [50!)], IV, 89-91.
On saisit ici sur le vif rinfluence religieuse de Jean- Jacques. Son Vicaire Savoyard a su maintenir dans les imaginations un Jésus si séduisant, si toudiant, si humain on sa divinité, et, pour tout dire, si vivant, qu'il peut résister à tous les doutes de l'exégèse ou à toutes les extravagances de la critique. A une époque, oîi, de plus en plus, les héritiers des « philosophes » essaient de chasser le Christ de l'histoire, où Volney et Dupuis s'amusent à le transformer en mythe solaire ', où Condorcet, puis Mme de Staël, osent retracer les « progrès de l'esprit humain >> sans prononcer son nom 2, Chateaubriand, à la suite de Jean-Jacques, nous restitue un Jésus réel, dont on ne se demande pas s'il est historique, mais qui offre une prise à l'adoration comme à l'amour. Quelques chapitres plus loin, il pourra — on se le rappelle — affecter de tenir pour indémonfrée l'existence même de Jésus 3. Nous nous étonnerons peut-élre de ce scepticisme inattendu; mais cette réserve d'historien perdra toute sa valeur après ce tableau si précis, qui empruntait tout ensemble à l'Évangile son émotion et ses faits; elle ne pourra prouver que l'incohérence d'un esprit. Si jamais la formule de Diderot sur Jean-Jacques a pu trouver son application, qui donc l'aurait mieux justifiée que l'auteur de l'Essai? Plus encore que celui du Vicaire Savoyard, il pouvait paraître à ses lecteurs « ballotté de lathéismo au baptême des cloches* ».
De cet état d'âme instable, où une intelligence, qui n'est pas maîtresse d'elle-même, se laisse aller à toutes les secousses de la sensibilité, l'exemplaire de VEssai, qu'on
1. Cf. Volney, Les ruines, XXII [467], 288; Dupuis, Origine de tous les cultes, III, 1-3 [477], III, 1-153, passim, et notamment 89, col. 2.
2. Condorcet, Tableau des progrès de l'esprit humain, Y" et VI" Ép. [47G], 435 scpi; Mme de Staël, De la litlératurc, 1, 8 [508], 188-214.