Préface de la première édition du Génie [.509], I, p. vuh
du néophyte qui a besoin de proclamer sa foi comme de la répandre ^
Mais toutes les sincérités ne comportent pas les mêmes certitudes. Dans celle de Chateaubriand converti, il n'entre guère d'arguments intellectuels, ou, du moins, il ne reste d'eux que des suggestions sentimentales. Sans doute, le credo de cet émigré français est plus explicite que celui du citoyen de Genève; mais, s'ils croient des choses un peu différentes, ilsles croient, du moins, sur le même mode. Comme Jean-Jacques, Chateaubriand s'est réfugié près du Dieu des consolations et des espérances, près du Dieu du sentiment; comme l'autre, il a cédé à « la sainteté » et à <( la beauté de l'Évangile », c'est-à-dire à des <( arguments auxquels il aurait eu regret de trouver quelque bonne réponse «2. Les traditions de famille, la vitalité des émotions d'enfance, le souvenir de sa mère, en ramenant cette àme à la religion, l'ont ramenée à la piété catholique; mais le vrai disciple de Rousseau, qui a bien compris la parole du maître : « reprenez la religion de vos pères », se retrouve vite à l'aise dans les gestes, les habitudes, et même la pensée, du culte héréditaire. D'ailleurs, nous l'avons vu, le disciple de Rousseau, à la veille du Concordat, ne respire plus la même atmosphère que son Vicaire Savoyard un demi- siècle plus tôt : Religion et philosophie, sensibilité et raison, sont allées en s'éloignant l'une de l'autre. Le compromis paraît de plus en plus difficile ; et les attitudes instinctives sont les attitudes excessives. Le jeune homme qui sest" laissé toucher par Rousseau, et qui va jusqu'au bout de ses conseils, s'installe dès le premier jour dans cette indifférence intellectuelle où Rousseau n'était arrivé que sur le tard; il se repose sur les démonstrations rationnelles que les théistes d'autrefois ont élaborées, mais sans vouloir ni les critiquer ni même les éprouver; il se réfugie amoureusement dans les affirmations du cœur; et, docile
L [Lia], II, 558-rj5'J.