‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 252 sur 386 · Elle est datée du 31 décembre 1799 [509], IV · texte numérisé non relu

Elle est datée du 31 décembre 1799 [509], IV

2. Cf. la Préface de l'édition originale [509], 1, p. v : « On n'écrit avec mesure que dans sa patrie -. Il avait dit plus explicitement encore, dans la préface d'.4«a/(/ (réédit. V. Giraud, Paris, Fonlemoing, 1906, in-24. p. xx), en faisant allusion à sa Lettre à Fontanes, dont l'allure belliqueuse aurait pu donner le change sur son véritable dessein : •• On s'est peut-être figuré qu'il s'agissait d'une aiïaire de parti, et que je dirais dans ce livre [le Génie du chrislianisine] beaucoup de mal à la Révolution et aux philosophes ». Il y avait, en effet, un instant songé; mais les conseils de Fontanes, de Jouhert, de Pauline de Beaumont, lui avaient f.iit plus justement comprendre sa mission, qui n'était pas une mission de combat.

Ce besoin de beauté, ce sentiment des exigences du goût, cette suprématie de l'art, voilà ce qui situe le Génie du christianisme dans une région d'un autre ordre, où Rousseau se trouverait dépaysé. Le Génie a été écrit par un homme de lettres, qui n'a pas oublié tous les gens de lettres qu'il a connus dans sa jeunesse parisienne, et qui a pu renoncer à leurs préjugés, mais non à la littérature même, ni. en un certain sens, à leur conception de la littérature. Tandis que, pour Rousseau, — si l'on ose employer une expression, équivoque peut-être en sa brièveté, mais que lui-même nous suggère', — la question essentielle reste le problème du a salut ». le problème du sens et du (^ prix de la vie », l'auteur du Génie, persuadé que beauté et vérité ne font qu'un, cherche d'abord à vivre en beauté, et à devenir le missionnaire d'une beauté nouvelle, la beauté chrétienne. Ce qu'il demande à la religion, c'est de le conduire vers un art supérieur: « Tout effort, déclaret-il, pour obtenir cette grande révolution [que réclament les artistes], sera inutile, si nous demeurons irréligieux 2 ». Le Génie du christianisme peut s'interpréter : le génie par et dans le christianisme. « Sans religion, disait-il encore à Fonlanes. on peut avoir de l'esprit; il est presque impossible d'avoir du génie ^ ».

Cette religion de la beauté se présente au public, parée de grâces que Jean-Jacques ne connaissait point, ou ne savait point goûter. Le christianisme de Chateaubriand erre à travers l'ancien et le nouveau mondes, pour y chercher des couleurs et des décors inconnus : ces couchers de soleil en pleine mer, ces bisons « limoneux », qui traversent le Meschacebé, ces ours, « enivrés de raisins », qui chancellent sur les ormeaux, ces oiseaux et reptiles multicolores, qui s'agitent autour de la « vierge des dernières

1. Cf. Rêveries du promeneur solilaire, IX, 342, où il explique comment la pensée « du sort éternel de son âme ■• fut décisive dans sa conversion.

2. Article sur Stiakespeare. dans le Mercure d'avril iSOl [96], VIII, 60.

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