‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 257 sur 386 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

fait sortir du cœur des accents si tendres, et qui a, pour ainsi dire, ajouté de nouvelles cordes à rame ' ». On ne saurait, dans une parenthèse, laisser passer un aveu plus explicite; c'est la lyre de Jean-Jacques, la lyre aux « nouvelles cordes», que Chateaubriand reprend et fait chanter. Mais ce n'est pas toujours aux endroits où il le nomme que l'auteur du Génie témoigne le plus naïvement de son instinctiv^e fidélité à celui dont il n"a pu secouer l'enchantement. On retrouve dans leurs attitudes sentimentales, dans certaines façons d'accueillir les émotions religieuses et d'en jouir, une fraternité dames, dont Cliateaubriand a pu ne pas avoir toujours conscience, mais qui ne saurait échapper à l'historien. Il y a dans le Génie une théorie romantique des grandes âmes solitaires, privilégiées de la douleur et de l'inspiration, « qui semblent condamnées à une sorte de virginité morale ou de veuvage éternel »; et cette théorie est toute rousseauiste : elle vient des Confessions, des Dialogues et des Rêveries. A ces « âmes trop excellentes, qui cherchent vainement dans la nature » des âmes complémentaires, à ces âmes, qui « habitent, avec un cœur plein, un monde vide », et dont la pi'usée douloureuse use ijrématurément les corps, « comme les grands fleuves dévastent leurs rivages », — la religion se présente en consolatrice, la seule consolatrice digne de leurs rêves : elle leur montre l'infinie beauté de l'univers et l'étrange mystère des choses, cette immensité toute pleine de Dieu, (( qui fait naître en nous un vague désir de quitter la vie, pour embrasser la nature et nous confondre avec son auteur 2 »; elle leur montre surtout cette immensité intérieure de la pensée, plus vaste que toutes les soli-

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