Id., l, VI, 2 [309], I
6. Cf., plus haut, t. III de cet ouvrage, p. 120. Cf. encore Génie, I, VI, 2 [500], I, 258 : « Jésus-Christ avait établi sa religion comme une seconde conscience pour le coupable endurci qui aurait eu le malheur de perdre la conscience naturelle ».
7. Génie, I, iv, 2 [309], 1, 232. Cf. encore, dans le chapitre i de ce même livre, I, 243: « Il faut convenir que, si tout est matière, la nature s'est ici étrangement trompée : elle a fait un sentiment sans but ».
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instincts de la nature. La nature, telle que la conçoit Chateaubriand, est peut-être plus inquiète, et, si Ton veut, plus trouble que celle de Jean-Jacques; mais le christianisme de l'un comme de l'autre en reste tout proche.
Dans cette commune atmosphère de pensée, on ne sétonnera point que les deux apologétiques aient recours aux mêmes arguments, et que souvent ceux du Génie descendent en droite ligne delà Profession de /oi, toujours reconnaissables, même sous un vêtement plus ample et plus riche en couleur. S'il est un principe auquel Jean- Jacques soit resté fidèle, en dépit de ses apparentes voltefaces, c'est celui de la suprématie du sentiment dans la vie religieuse; et l'on se rappelle que, dans ses dernières années, il s'était de plus en plus libéré des servitudes rationnelles, pour remettre tous les droits d'affirmer au dictamen intérieur'. La dialectique de Chateaubriand est l'héritière de celle-là. Avec le Génie, nous voyons où aboutissent toutes ces revendications du xviii» siècle « sensible ». Le Vicaire Savoyard sortait de ses hésitations intellectuelles en allant du côté où le cœur l'appelait; mais, avant de faire ce dernier pas, il avait laborieusement échafaudé tout un édifice logique, qu'il pouvait transformer en temple. Chateaubriand n'a plus les mêmes scrui)ules. Comme « le promeneur solitaire », il lui suffit de savoir que les métaphysiciens ont argumenté pour lui, et que « les plus grands génies » lui garantissent << presque géométriquement » les démonstrations traditionnelles des « dogmes consolateurs » : « Toujours fidèles à notre plan, écrit-il, nous écarterons des piHîuves de l'existence de Dieu et de l'immorlalité de l'âme les idées abstraites, et nous n'employerons que les raisons poétiques et les rai-
1. Cf., plus haut, au t. II de cet ouvrage, p. 91-î)2, 216-223, 202.
sons de sentiment, c'est-à-dire les merveilles de la nature et les évidences morales* ». Cette déclaration de principes est d'un disciple de Rousseau, qui a définitivement évacué ce qui restait de rationalisme dans le système de son maître. Le Vicaire Savoyard introduisait dans sa profession de foi, en la réchauffant de ses ardeurs lyriques, les syllogismes de Clarke; Chateaubriand, qui se moque de la métaphysique, les relègue en appendice-; et Tillisible résumé scolastique qu'il en donne ne semble être là que pour faire montre à son lecteur d'une érudition de manuel. On aura remarqué ces formules : « raisons de sentiment », « évidences morales ».■ Ce sont les principes de cette logique nouvelle, dont Rousseau reste le grand maître. A plusieurs reprises, l'auteur du Génie les proclame, et se réclame de leur décisive autorité : Les sentiments sont irréfutables; les besoins prouvent leur objet; il faut cultiver le cœur i)Our comprendre par lui l'univers et la vie. Entre Dieu et l'athéisme, une voix intérieure nous fait choisir : « outre la moitié de sa raison, l'homme met de plus, dans le bassin de Dieu, tout le poids de son cœur^ >k Deux livres surtout — dans cette œuvre si diverse, qui est presque une encyclopédie, — méritent d'être relus, parce qu'ils reposent tout entiers sur cette dialectique à la Jean- Jacques; ils sont comme une paraphrase de la Profession de foi par l'auteur dWtala. Ce sont les livres V et VI de la ])remière partie : L'existence de Dieu prouvée par les merveilles de la nature, et L'immortalité de l'âme prouvée par la morale et le sentiment. On y remarque, sans doute, bien des pages somptueuses, cjui mettraient de vifs et changeants reflets de lumière sur le lyrisme tout intérieur et un