Génie, I, v, 1 [509], I
2. Noie IX [509]. V, 46-80. Cf. Lettre à Fontanes [96], XYII, 191 : ■< tout est doute, obscurité, incertitude en métaphysique ».
.3. Génie, I, vi, 5; cf. encore I, vi, 1, III, ir, 2 [509], I, 280, 245, III, 53, Ole. Cf. Rousseau, lettre à Voltaire, du 28 août 1750, X, 13t : ■< mille sujets de préférence m'attirent du coté le plus consolant, et joignent le poids de l'espérance ù l'équilibre de la raison ».
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l>(Mi criis (lii \'icairc Savoyard ; mais, si l'on enlève ces véiilai)Ies iiK-ditations colorées, (|ui s'appellent « le rossignol », « le coucher du soleil en mer », « la nuit dans les savanes de l'Amérique », et tant d'autres morceaux de bravoure, amouiejsement travaillés par un artiste supérieur, — il reste une argumentation sentimentale, qui est l'argumentation même du Vicaire, et qui va puiser aux mémos sources. Nous y retrouvons les raisonnements du bon Pluche et les preuves du <( judicieux » Nieuwentyt * ; nous y retrouvons surtout les appels à « l'instinct divin » de la conscience, l'affirmation de notre immoi'talité, au nom de ce bonheur que réclament impérieusement nos dT'sirs. Le Vicaire repoussait, indigné. les « abjectes » insinuations d'Helvetius, qui essayait d' <( avilir » l'espèce humaine en la ramenant au niveau des « bêtes »; il écrasait sous son ironie méprisante les sophistes, plus perfides qu'ingénieux, qui mettaient complaisamment en (l'uvre les témoignages de quelques voyageurs suspects pour détruire l'unanimité de la croyance en Dieu. Chateaubriand fait de même; il repousse toutes ces soidisant exceptions, qui voudraient dégrader l'homme à plaisir; et, à la suite du Vicaire, il proclame sa foi dans le Dieu qui amoncelle les remords sur le cœur du coupable et qui nous suggère la pitié pour les malheureux : « 11 faudrait être bien obstiné, écrit-il, pour ne pas embrasser le parti où, non seulement la raison trouve le plus grand nombre de preuves, mais où la morale, le bonheur, l'espérance, l'instinct môme, et tous les désirs de l'Ame, nous l)ortent naturellement- ».
De cette coalition sentimentale, le christianisme n'a pas beaucoup à craindre. « La sainteté de l'Évangile est un
1. Génie, I, v, 3 et note X [509], 1, 169 et suiv., V, 81. Ceci, bien entendu, n'est pas pour supprimer l'inlluence de Bernardin sur celte partie da Gcitie : elle est, au contraire, fort importante; mais c'est toujours le même courant de sensibilité.
2. Jd., l, VI, 5; cf. encore, dans ce même livre, chap. 14 [509], I, 279, 244-257.
La religion de J. J. Rousseau. — III. 22
argument qui parle à mon cccui'i », disait le Vicaire Savoyard; et tous les arguments opposés, que pouvait lui suggérer un rationalisme tenace, échouaient finalement contre celui-là. C'est aussi l'argument suprême de Chateaubriand. « Homme, qui sens si bien chaque jour ton ignorance et ta faiblesse, dit-il à son lecteur, ne l'ejette point les mystères de Jésus-Christ. Ce sont ceux des infortunés - ». La page fameuse de la Profession, à laquelle je viens d'emprunter une formule expressive, amorçait, nous l'avons vu, toute une esthétique du christianisme, dont Jean-Jacques a, d'ailleurs, esquissé quelques chapitres, soit dans la Nouvelle Héloïse, soit dans les Lettres de la montagne, les Confessions et la Correspondance. Cette nouvelle apologétique de la beauté, j'ai tâché d'en suivre les progrès à travers les dernières années du xviii^ siècle. C'est dans Chateaubriand qu'elle devient un système conscient; mais il ne faut pas oublier que c'est Rousseau qui a permis le triomphe de cette méthode, et qui en a donné, lui-même, des spécimens touchants, devenus vite populaires. Ou^nd Chateaubriand essaye bravement de réhabiliter « jusqu'aux litanies », en citant quelques versets « admirables » des Litanies de la Providence, c'est qu'il appartient à cette génération qui sait par cœur les Études de la nature, et qui a partagé avec Bernardin l'attendrissement de Jean-Jacques chez les ermites du Mont-Valérien-'. Quand il s'incline, à la fois en artiste et en croyant, devant « le fils de Marie » et les émouvantes beautés de son Évangile*, il est impossible que le solennel hommage du Vicaire Savoyard ne lui soit pas revenu en mémoire. L'esthétique religieuse du Génie, singulièrement plus complexe et plus diverse que le laissait pressentir l'fpuvre de Rousseau, y trouve pourtant son point de départ.