Id., m, II, 2 Lo09], III
340 ROUSSEAU ET LA RESTAURATION RELIfilEl'SE.
celui de progrès, « le i^rogrès continuel de la raison humaine universelle ». Malgré ses sympathies pour le bon abbé de Saint-Pierre, Rousseau avait déjà dénoncé « ce faux principe de la raison perfectionnée ' ». « L"auteur du Génie du chrisliartisme » est plus vif encore : il entend dégonfler cette « chimère » : il exagère même plaisamment son aversion contre « ce système de perfectibilité », qui tient lieu de religion à quelques-unes des intelligences les [)lus distinguées d'alors : « Ma folie à moi, écrit-il à madame de Staël, est de mettre Jésus-Christ partout où vous mettez le progrès »; et, un peu cavalièrement, il s'amuse à scandaliser les doctes par l'étalage de « sa superstition antiphilosophique- ».
Le Génie est assurément plus modéré, du moins sous sa forme définitive; il s'en dégage pourtant un réquisitoire assez dur contre la « philosophie ». Ses méfaits, dans tous les genres, ne se comptent plus. C'est elle « la principale cause de la décadence du goût et de la dégénération du génie »; c'est elle qui a déformé l'esprit charmant de Voltaire, abaissé les nobles lignes de larchitecture française, conduit Railly à réchafaud^ Assez de systèmes qui « se détruisent entre eux », et de grandes constructions prétentieuses, qui n'abritent que notre ignorance^. C'est être sage d'accepter joyeusement cette ignorance. Malgré ses coquetteries d'érudition et ses complaisantes incursions sur les terres des << physiciens », il règne par tout le Génie, à l'égard des
1. Confessions, VIII, 302. Cf., au t. I de cet ouvrage, p. 21!) et notes,
2. Lettre à Fontanes, de décembre 1800 [90], XVII, 180; cf. Gcnic, 1, III, 8 [509], I, 12G, note.
3. Génie, III, iv, ij. II, i, 0, III, i, 6, I, iv, .3 [509], III, UU-lil, II, 36-44, III, 20, I, 154. Cf., dans les fragments de l'édition primitive, une rédaction beaucoup plus agressive des diiïérents textes auxquels je renvoie ici [96], XX.\I, 184 : Bailly « conduit ii la piscine de sang sur le char de la pliiiosophie, qu'escortait l'enfer, et que traînaient l'athéisme et la mort ■■ : 244-245 [sur Voltaire et la Henriade] : « s'il a manqué son sujet, la faute en est, tout entière, à ]a philosophie »; 262 : '< Qu'il y a haut de son pinacle religieux [du dùme des Invalides] aux mansardes p/u'/osop/iùyues de l'École mililain- ...