‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 264 sur 386 · Id., note VIII [509], V · texte numérisé non relu

Id., note VIII [509], V

savants et de la science, de ses laboratoires et de ses musées, plus encore de son esprit critique, une méfiance (jui se dissimule mal, et qui se laisse aller à des violences injustes. L'espèce de malédiction, irritée qu'il réserve aux « cabinets » d'histoire naturelle, déconcerte à première lecture; mais on retrouve toutes les ardeurs et l'idéalisme ingénu de Rousseau dans ces colères inattendues contre les « cimetières de la science » : « C'est dans ces tombeaux, dit-il, où le néant a rassemblé ses merveilles, oîi la dépouille du singe insulte à la dépouille de l'homme, c'est là qu'il faut chercher la raison de ce phénomène, un naturaliste athée : à force de se promener dans l'atmosphère des sépulcres, son âme a gagné la mort ' ». La page qui suit ce petit réquisitoire est du meilleur Jean-Jacques : elle en a les tons un peu pâlis, l'émotion, et aussi cette candeur lyrique devant les miracles de la nature :

Lorsque la science était pauvre et solitaire; lorsqu'elle errait dans la vallée et la forêt, qu'elle épiait l'oiseau portant à manger à ses petits ou le quadrupède retournant à sa tanière; que son laboratoire était la nature, son amphithéâtre les cieux et les champs; qu'elle était simple et merveilleuse comme les déserts où elle passait sa vie, — alors elle était religieuse. Assise à l'ombre d'un chêne, couronnée des fleurs que ses mains innocentes avaient cueillies, dérobées à la montagne, elle se contentait de peindre sur ses tablettes les scènes qui Tenvironnaient. Ses livres n'étaient que des catalogues de remèdes pour les infirmités du corps, ou des recueils de saints cantiques dont les paroles apaisaient les douleurs de l'âme. Mais, quand des congrégations de savants se formèrent, quand les philosophes, cherchant la réputation et nullement la nature, voulurent parler des œuvres de Dieu sans les avoir aimées, l'incrédulité naquit avec l'amour-propre, et la science ne fut plus que le petit instrument d"une petite renommée.

Ainsi la réprobation de Chateaubriand s'étend à toute la science; et c'est l'esprit même de la science qu'il condamne

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