Dialogues, JX
RRiNÉ HÉRITIER DE JEAN-JACQUES 343
tielles, quelques théistes ou clirétiens de la génération suivante en avaient esquissé les chaintres les i)lus populaires. Mais c'est à Chateaubriand qu'il appartenait de l'écrire en faisant oublier ses devanciers. Le véritable traité de l'Utilité de la religion, réclamé par Jean-Jacques, c'est le Génie qui nous l'offre. N'y voir qu'un traité d'esthétique religieuse, ce serait à la fois le simplifier et le fausser, en négligeant ses origines historiques. Lui-même en avait conscience. Quand encore les titres primitifs qu'il avait donnés à son ouvrage ne témoigneraient pas de son dessein *, l'épigraphe que l'édition originale empruntait à Montesquieu, disait assez que l'apologie dont elle formait la devise introductrice, voulait être une apologie morale et sociale, cherchant ses preuves dans l'utilité et le bonheur du genre humain : « Chose admirable »! redisait Chateaubriand, derrière Montesquieu, à la première page de son livre; « la religion chrétienne, q.ui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie. fait encore notre bonheur dans celle-ci 2 ». 11 y a dans le Génie un chapitre, dont le titre seul suffirait pour dater l'ouvrage, ou, du moins, pour le rattacher à une série : Danger et inutilité de Valhéisme ^. Retournons ce titre, et il deviendra celui du Génie tout entier : Plaisirs et avantages de la religion. C'est toujours ce christianisme utilitaire, dont Rousseau avait donné les saisissantes formules, mais qui s'était épaissi et vulgarisé entre les mains de ses héritiers. Sans doute, i)Our illustrer cette thèse de la bienfaisance sociale du christianisme. Chateaubriand fait appel à quantité d'exemples que Jean-Jacques avait négligés, et dont il n'aurait pas compris le pittoresque ou l'intérêt; il ne se contente pas de rappeler les « services rendus à la société par le clergé et la religion
1. Cf., ap. V. Giraud [588], 96-97, les titres auxquels il s'était arrêté en août et octobre 1799 : De la religion chrétienne, par rapport à la morale et aux beaux-arts. — Des beautés poétiques et morales de la religion chrétienne, et de sa supériorité sur tous les autres cultes de la terre.
2. Esprit des lois, XXIV, 3 [268], V, 1 19 : cf. Génie [509], I, frontispice.