Lettre du 21 août 1702 [27^, I
3. Moultou à Rousseau, letlrc du 10 juin 1702[27], 1.39; Uslcri à Rousseau, lettres des 16 avril et 23 juin 1763 [43], 61-62, 69-72.
4. Moultou à Rousseau, lettre du 21 août 1762 [27], I, 50-57.
sont pas tout à fait les mêmes à cet égard, elles ne sont l)as non plus fort opposées »: il se trouve d'accord avec lui sur ce principe, que c'est seulement par « lulilité », par « l'excellence » de la religion, ^ qu'un pliilosoplie peut juger de sa divinité ». Ce ministre du Saint-Évangile est d'avis que la religion du Vicaire Savoyard ferait un christianisme fort convenaljle pour des Parisiens. Arracher, comme le voudrait Jean-Jacques, le peuple de France « au prêtre qui le tourmente ou le déprave, et au philosophe qui le jetterait dans de nouvelles perplexités, c'est lui rendre, et à la société, le plus important de tous les services »; mais, pour Genève, la manifestation est peutêtre inopportune : ce n'est pas (pie. dans le fond, le christianisme de Genève et celui de Jean-Jacques ne puissent coïncidei-. Non, c'est bien le même christianisme : u Notre peuple est très croyant, très attaché à sa religion sans fanatisme: et celte religion n'est que la vôtre, munie du sceau de la révélation, qui la lui rend plus respectable... Votre religion natui'elle n'est pas autre chose que le christianisme bien entendu...; un chrétien raisonnable, qui croirait pourtant à tous les miracles de Jésus-Christ, ne vous refuserait pas le titre de chrétien. Qui pense comme Jésus-Christ est son disciple ». Le devoir des amis de Rousseau est donc de « faire voir qu'il est moins opposé au christianisme qu'on ne voudrait le croire », « de montrer aux Ames faibles et timides qu'il leur donne en elïet ce qu'il semble leur ôler' ».
Cette dernière formule résume admirablement, aujourd'hui encore, les constatations qui semblent s'imposer à 1 historien. Elles s'imposaient déjà, dès 1762, à d'autres juinistres cpi'à Monllou. Le piemier émoi passé, ils comprenaient toul ce (jui restait de christianisme vivace dans la religion i\t\ \'i«-;iire ; » 11 n'y a pas un homme sage à Genève qui ne vous croie cluc'lien », assurait Moultou à
1. Moultou à Rousseau, lelLres des 3 févritr, 15 mars et l'J mai 1762 [27J. L 24-25, 27, 29, 30.
SIGNIFICATION llIS'l'OHIQUE HE LA <■ l'HOPESSION DE EOI ». 41
son ami, un an à [)cine apK's rapi)ariUon de VÉmite. C'est, jr !(' v(>u\ bii'ii, une cxagcralion d'ami, mais ce n'est pas lin mensonge grossier : des hommes aussi graves et liondérés que Vernet ne lui refusent pas ce témoignage : (> Je ne doute plus qu'il ne soit chrétien, déclare l'auteur de la Vérité chrétienne, quoiqu'il ne le soit piis comme moi ; mais enfin, il l'est, et on n'a plus rien à lui dire > ». Sans doute, quand Rousseau aura blasphémé contre le sacerdoce genevois, et qu'il aura rendu ridicule la 'Vénérable Compagnie des pasteurs, Vernet trouvera peut-être qu'il y a << quelque chose à dire » à Jean-Jacques : il reprochera durement ses palinodies à ce « boutefeu » irrespectueux-. Mais les ministres plus jeunes, chez qui l'instinct de caste l'st moins rebelle à la séduction d'un grand esprit, comme Roustan et Mouchon ^, les ministres luthériens, les ministres de Zurich ou de Saint-Gall, spectateurs plus désintéressés, comme Usteri, Wegelin, Hess, Lavater ou Spalding*, n'ont pas d'hésitations sur le christianisme de Rousseau : c'est un chiistianismc de la meilleure sorte, non pas peut-être « à la mode de saint Paul », mais un christianisme <• à la mode de saint Jacques », c'est-à-dire qui « préfère la vertu à l'opinion religieuse qu'on en a -^ ». Ils couq^renncnl comme Rousseau « l'espi'it de la