‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 272 sur 386 · Défense d\ui homme [510'""], p. lxv · texte numérisé non relu

Défense d\ui homme [510'""], p. lxv

Ouelqu'un qui ne l'aime guère, qui se plaît même à le dénoncer comme l'un des grands criminels de notre histoire, nous a montré Rousseau, « le misérable Rousseau)), faisant irruption dans la civilisation française « comme un de ces énergumènes, qui, vomis du désert, affublés d'un vieux sac, ceints de poil de chameau, et la tète souillée de cendres, promenaient leurs mélancoliques hurlements à travers les rues de Sion : s'arrachant les cheveux, déchirant leurs haillons, et mêlant leur pain à l'ordure, ils salissaient chaque passant de leur haine et de leur mépris ». Cette boutade, si voltairienne, quoiqu'elle ne soit pas de Voltaire S risquera de paraître d'abord, et non pas seulement aux âmes pieuses, une impertinence. Introduire parmi les prophètes, parmi ces précurseurs de Jésus, parmi ces grands serviteurs de la justice, en qui, lorsqu'ils ont parlé, l'humanité d'alors a pris sa plus haute conscience, introduire parmi eux le petit polisson de Genève, le laquais vicieux, le chérubin équivoque, l'amant de Thérèse et le pourvoyeur des hospices, le chemineau excentrique, vaniteux et insupportable, ne serait-ce pas à la fois une impiété et une faute de goût"? et ne conviendraitil point de laisser de tels rapprochements à ceux qui pensent d'Ézéchiel ou d'Osée comme le prédicateur des Cinquante?

1. Elle est de M. Cli. Maurras : « Les Monod peints par eux-mêmes », dans L'action française (Bulletin bi-mensuel), du 15 octobre 1809, p. 322. Cf. tout le développement, p. 315-327.

3'ù2 CONCLUSION

Je me demande pourtant si le commun mépris do Jean- Jacques et des prophètes n'aurait pas suppléé cette fois, chez un adversaire féroce, mais intelligent, aux intuitions de la sympathie?

Oublions, pour un instant, le tableau trop ingénu des Confessions; n'abusons point d'aveux, grossis par l'orgueil et par la confiance, qui nous révèlent une humanité misérable, là où on pouvait attendre un héros; regaydons Jean-Jacques tel qu'il parut devant les hommes, ou mieux encore, tid que les Hommes crurelit llipercevoir à travers ses discours; voyons-le surtout tel que l'ont fait, aux derniers jours, la persécution, la maladie, le génie, et, si l'on veut, la folie, — purifié et rendu sacré par la souffrance comme par la solitude. Essayons d'entendre avec une âme neuve ses plaintes, ses anathèmes et ses appels, ou plutôt mêlons nous à la <( tourbe philosophesque » de son temps ', parmi tous ces sages patentés et satisfaits; pénétrons dans (' cette Jérusalem de la philosophie », dont les ouvriers sans nombre, tout enivrés d'espoirs illimités, bâtissaient fiévreusement les assises, qu'ils croyaient éternelles, — alors on comprendra que, quand s'éleva cette voix troublante, « tout se tut pour l'écouter »>, et que tous ressentirent dans leur Ame inquiète ce frisson d'« admiration » et de « terreur )> sacrées, que les prophètes font {passer au travers des foules -.

Au milieu d'une société grisée de jtlaisirs autant que de raison, plus matérialiste encore de pratique que de système, fière de sa civilisation ancienne, jouissant de se sentir si exquise et si intelligente, arrive un barbare importun, qui se fait gloire d'être barbare et de parler une langue inconnue ■'■. Il dénonce les péchés collectifs sous

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