‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 273 sur 386 · Discours sur iinégaliié · texte numérisé non relu

Discours sur iinégaliié

2. Cf., pour tout ce taiiieau, Garai, dont je résume les idées et reprends les expressions [143], I, 160-166.

3. « Barbarus hic ego suin, quia non inlelligor illis >•, c'est comme on sait, l'épigraphe, non seulement du /"' Discours, mais aussi de la Muse allobroge [39J, 167, note.

lesquels cette société succombe; comme les prophètes d'Israël, il rappelle aux Ames qui les oubliaient les grands mots de justice et de vérité ; il les émeut par la vision d'une humanité innocente, heureuse et fraternelle, dans une nature toute pleine de Dieu; il prêche cette sainte égalité des hommes, enfants d'un Père commun, cette bonté, cette |)itié, cette simi)licité de cœur, par où se régénère un peuple; il montre que les exigences du luxe, la soif des richesses, les préjugés de l'état social faussent en nous le sens de la vie, que vivre, c'est tâcher, dès ici-bas, d'être « libre, bon et heureux comme Dieu »,que« ce qui importe à l'homme, c'est de faire son devoir sur la terre », et qu' a il n'y a que l'espoir du juste qui ne trompe point ' ».

Pour qui a entendu ces appels, et qui en a été remué, peu importe que la bouche par laquelle ils passent ait été quelquefois souillée. Dans la voix de Jean-Jacques, on retrouve obscurci, mais reconnaissable encoi'e, l'accent du Psalmiste, l'accent de ce Jérémie et de cet Isaïe quil a tant aimés : c'est leur âme ardente qui revit en la sienne, leur soif d'innocence et de vertu, leur foi inlassable dans le Tout-Puissant, la certitude que les tristesses du juste humilié seront brèves, et qu'une grande réparation l'attend : c"est l'esprit de tous ceux qui se sont sentis les élus d'en- Haut, qui se sont crus envoyés parmi les hommes pour leur annoncer les dures vérités du salut 2, et qui, solitaires dans leur mission divine ou dans leur « martyre », n'ont voulu laisser personne « entre Dieu et eux ^ ». C'est l'esprit de Savonarole; et c'est aussi l'esprit de Calvin, lorsqu'il organisait la nouvelle cité de Dieu sur la colline de Saint- Pierre. Ce n'est pas en vain que Jean-Jacques a vécu quinze ans dans cette « petite Sion » : le souftle des prophètes de Sion a passé sur lui. Dans une société qui cherchait consciemment à éliminer Dieu, et qui, sous prétexte

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