Mandement de rarchevèiiue de Paris, III
2. Lettre à M. de Beauniont, III, 02 : cf. encore ce qu'il disait à .Moultou (lellre du 24 juillet 17G2, X, 352). On connaît la note de la Nonvelte llélo'ise (VI, vu), V, 35 : « il ne manque à ces derniers que d'être les maîtres, pour ùtre plus durs et plus intolérants que leurs ennemis ■>. II convient pourtant de remarquer que les Aouvelles ecclésiastiijUi-s sont muettes sur VÉniilc pendant toute l'année 1762, et que, si elles en parlent à plusieurs reprises en 1703 et 1764 (cf. 30 janvier, 16 et 23 mai 1763, 23 janvier, 17 el 24 décembre 1764), c'est pour critiquer violemment, non l'œuvre de Rousseau, mais la Censure que la Sorbonne en a faite. Celle Censure, disent-elles, est « infectée d'erreurs », il y règne ■• un pélapianisme » outré et révoltant (1763 [56], 82, 8o). Kvidemment, en 1762, le prand événement pour les .•Vo((i'e//t'.s- ecclésiastiques, c'est la suppression de la Compagnie de Jésus; et, s'il y a, pour elles, un livre abominable, ce n'est pas l'Emile, c'est Vllistoire du P. Herruyer. Néanmoins, je note que, mal;?ré l'Iioslilité dus youvellcs contre M. de Beaumont, le mandement de rarcliové(|ue contre Rousseau n'est pas attaqué, el ([ue « sa doctrine, en soi, a paru saine >- (24 décembre 1764 [56J, 205). Il serait donc possible ([u'un théologien janséniste y eût collaboré. Cf. encore, sur l'hostililé janséniste à l'égard de Rousseau r.rissot. Mémoires [\W. Il, 217.
SIGNIFICATION IIISTOHIQUE DE LA <' PROFESSION liE FOI ». 47
cru faire œuvre pie en condamnanl Jean-Jacques, et l'aient condamné avec joie K Mais ce sont là des considérations accessoires : le livre seul suffit à expliquer l'effervescence qu'il a causée. Pour la première fois, dans un ouvrage qui s'était imprimé avec permission tacite, et vendu publiquement, on voyait un auteur célèbre qui se nommait sur la couverture — avec une franchise courageuse, dirionsnous aujourd'hui; avec impudence et cynisme, selon les idées officielles du temps 2, — et qui, sans les hypocrisies ordinaires des libertins, sans leurs respects ironiciues et leurs prudences habituelles, déclarait la révélation inutile, condensait en quelques pages éclatatantes toutes les hardiesses de pensée jusqu'alors l'éservées aux conversations intimes ou aux libelles frauduleux. On comprend fort bien que, pour un public de gens en place, public de magistrats, de policiers, (févcques et de docteurs, comme aussi pour toutes les âmes simplement croyantes, qui s'étaient préservées de la contagion « i)hilosophique », le scandale ait été énorme, et que des sanctions sévères, à tout le moins des protestations solennelles, aient paru indispensables.
Mais, si Ion songe au public mélangé des salons parisiens, au public qui lisait Voltaire et Diderot, à ce public si libre en propos, et depuis si longtemps familiarisé sans effroi avec les plus radicales négations, à ce public que Jean Jacques avait connu chez Mlle Quinault comme chez le baron d'Holbach, alors l'Émf/e resie encore, si l'on veut, un livre audacieux : il n'est plus un livre dangereux. Les objections qu'il ramassait contre la révélation chrétienne traînaient partout, mais les arguments qui magnifiaient " la sainteté de l'Évangile », n'étaient nulle part, du moins avec cet accent. Sa critique du dogme laissait le lecteur en pays connu ; mais son panégyrique de Jésus le dépaysait, ravivait des souvenirs
1. Cf. G. Lanson , Documenls inédits sur la condamnalion de V « Emile « [139'"], 125-126; cf. encore la lettre de Mme de Verdelin à Rousseau, du 14 mai 1763 [27], II, 495.