Cf. G. Lanson, Id
d'enfance, insinuait une inquiétude qui pouvait préparer un retour. A bien des intelligences paisiblement installées dans le matérialisme, la Profession de foi a suggéré les premiers doutes. En leur apprenant d'abord à douter, il les acheminait à croire i. A ceux qui étaient encore incertains, il donnait les plus fortes raisons de demeurer fidèles au passé. « Reprenez la religion de vos pères », disait le Vicaire à son jeune disciple; il le disait au papiste comme au huguenot. « Dans l'incertitude où nous sommes, c'est une inexcusable présomption de professer une autre religion que celle où l'on est né, et une fausseté de ne pas pratiquer sincèrement celle que l'on professe >'. Donc, « pratiquement », sinon intellectuellement, le Vicaire reste catholique, permet de le rester, et conseille même de le redevenir.
Que Ion n'aille pas croire que ce soient \à des conséquences arbitrairement déduites, ou qui ne recevront leur confirmation que dans un avenir lointain : elles portent avec elles leurs preuves immédiates. Dans le formidable dossier épistolaire que Rousseau avait constitué, parmi tous les correspondants d'un jour que lui ont valus VHéloïse ou VÉinUe, si j'en v(jis bien un qui croit devoir « jurer une haine éternelle » au « barbare et trop cruel Rousseau », parce que Julie vertueuse et repentante a donné des remords à sa maîtresse, et l'a ramenée au devoir malgré lui, — je n'en vois pas un qui gémisse sur une foi perdue, ou qui reproche au Vicaire Savoyard de lui avoir ravi des « illusions consolantes ». Je ne trouve pas, il est vrai, de lecteur catholique qui remercie Jean-Jacquf^s. comme le fils Toulon, ce jeune huguenot de Bordeaux dont j'ai cité la lettre, de lui avoir rendu une foi que le « philosophisme » avait entamée; mais j'en trouve qui,
I. Saint-Pierro, Rous.teau [l.")4\ 131 : • il a appris à douter à des gens qui ne croyaient plus rien ■■; ef. encore lettre du pasteur .Mouclion, 1771 [53S\ 87-89 : ■■ Si Voltaire ùte la foi à ceux qui doutent encore..., Rousseau ramène jus(iu'au doute ceux qui depuis longtemps ne croient plus à rien •.
SIGNIFICATION IIISTOHIQL'K 1)K LA « PROFESSION DK FOI ». 49
clisci|)lcs passionnés de Jean-Jacques, lui confessent sans honte leur catholicisme, (îomme s'ils avaient conscience, ce faisant, de lui témoigner leur fidélité. « Si je deviendrais père un jour, — lui déclare un jeune Milanais, dans un français plus enthousiaste que correct. — l'éducation de votre élève sera celle de mes enfants. Si je m'écartais quelque part de votre système, ce sera en fait de religion, car, loin de les élever et de les borner à la religion naturelle, pour leur laisser à un âge plus mûr le choix d'autre religion, je m'en ferais un devoir de les disposer à embrasser sans réserve les dogmes du catholicisme. C'est un hommage que je crois indispensable aux principes ineffaçables qui sont gravés dans mon cœur. Loin de soupçonner que vous m'en ferez par là un crime, je me tlatte de votre approbation' ».— Le chevalier d'Éon écrit aussi à Jean-Jacques une lettre tout affectueuse et admirative, mais où il ne dissimule pas son adhésion au catholicisme, et sa foi « dans les saintes Écritures, dont l)ersonne jusqu'à présent, lui dit-il, n'a mieux dépeint que vous la majesté et Tauthenticité ». Il salue en fauteur du Vicaire Savoyard un chrétien inconscient, qui mériterait d'être un chrétien intégral, et dont le christianisme contemporain aurait bien besoin (( pour dissiper et balayer cette fourmilière des petits auteurs, qui sont cent fois plus incrédules que vous- ». Nous avons vu, du reste, que le chevalier d'Éon ne s'était pas trompé en écrivant à Jean- Jacques sur ce ton, et que Jean-Jacques (c applaudit » à son catholicisme comme au parti le plus « convenable .' et le plus « commode » qu'il pût prendre ^ — Le jeune Jullien apprend, par un de ses amis, que le prédicateur à la mode, fabbé de la Tour-du-Pin, a prêché contre Rousseau : il en est tout « scandalisé ». Ce n'est certes pas un libertin, ce Jullien; au contraire, jai même toilte raison