Réponse du 31 mars 1766, XI
La religion de J. J. Rousseau. — III *
bO ROUSSEAU ET LA RESTAURATION RELIGIEUSE.
de croire que ce vertueux jeune homme, ce « bon citoyen », ce « fils respectueux et tendre », est encore un catholique soumis; mais il ne comprend pas pourquoi le Vicaire Savoyard serait « anathématisé » dans une chaire chrétienne.
Que du nom de liousseau retentisse nos cliaires! Mais que, pour relever les chrétiens abattus,
On ne le propose à ses frères
Que pour imiter ses vertus'.
On n'a pas oublié, sans doute, les réponses de Jean- Jacques à Seguier de Saint-Brisson ou à Tabbé de Carondelet; elles achèveraient de montrer que le conservatisme du Vicaire n'était pas une simple formule, mais qu'il traduisait sa réponse très sincère aux difficultés pratiques du problème religieux. Xous verrons bientôt comment Saint-Brisson ou Carondelet ont profité de ces conseils, et comment, au contact de Jean-Jacques, s'ils n'ont pas retrouvé une foi intégrale, que celui-ci, d'ailleurs, n'avait pas promis de leur rendre, ils ont retrouvé, du moins, cette foi dans les « vérités éternelles » qui est indispensable à l'autre, et qui peut la préparer.
Mais il n'est pas nécessaire d'être un dirigé de Jean- Jacques, et d'avoir reçu ses confidences, pour interpréter le Vicaire au bénéfice de la religion traditionnelle. Les catholiques clain'oyanls, à qui les besoins de la polémique n'ont pas ôté leur liberté d'esprit, comprendront très vite l'aide imprévue «pii leur vient de ce « philosophe » désabusé; dès le lendemain de la Profession, nous allons assister à l'alliance olficieusc des rousseauisles et des dévots, jusqu'à ce que cette alliance devienne une fusion.
1. Jullien a un do ses amis, fraf,'ment de lettre cité par lui dans une lettre à Rousseau, du 20 décembre I7G3 [13], 1'". — « Jai prés de vingt ans >•. écrit ce Jullien à Rousseau dans celte même lettre. Aussi serais-je fort tenté de croire qu'il n'est autre que le Jean-.Marc Jullien, de la Drùme, né au l'éaf,'e de Romans, en 1744, qui se fera un nom quehjue trente ans plus tard à la Convention, où il soutiendra, du reste, avec intransigeance, quelques-unes des thèses do Rousseau : cf., plus loin, p. 243, note 4.
SIGMl'IflATlON' IIISTÛRIOUE DE LA « PHOFESSIÛN DE FOI ». SI
» Les dévols mêmes, écril à Jean-Jacques Seguierde Sainl- Hrisson, les dévols mêmes vous cliérissenl. Quand je vous dirai que Mme de Gisors est voire plus ardenle amie, el qiiollc a pris quelque amiliépour moi, parce qu'elle a été satisfaite de la façon dont je parlais de vous! qife l'archevêque de Paris a été très fâché, môme avant votre Lettre, des horribles é[)ilhètes que l'on vous avait données dans son mandement! qu'un dévot célèbre m'écrivait l'autre jour, en vous comparant, je ne sais pourquoi, à Voltaire, ([iiil vous regardait comme un malade, dont le tempérament sain et la foi-te constitution donnaient les plus grandes espérances, et qui n'était malade que de trop de vigueur, tandis que Voltaire exhalait une odeur malsaine et annonçait un sang en putréfaction! ^'oilà une peinture assez dégoûtante; mais, pour un dévot, cela n'est pas mal ' ». Ce qui n'est « pas mal », en effet, c'est d'avoir jugé ainsi en i76o, d'avoir pressenti dès lors <( les grandes espérances » que Rousseau réservait au christianisme, de s'être rendu compte qu'entre le déisme de \'oItaire et celui de Jean-Jacques, l'étiquette seule était commune, et que, de ces deux hommes, il n'y en avait (|u'un vraiment, au sens religieux du mot, qui « crût en Dieu ».
Aussi bien, n'était-ce pas ce qu'avait indiqué Rousseau lui-même dans ses Lettres de la moiitayne. quand il s'était r(q)résenté en face de Voltaire, du Voltaire habilement el ironiquement impie, comme <( un pauvre homme », un pauvre homme « ennuyeux ■), mais « qui croit en Dieu- »? Avant même que son livre parût, il devinait justement quiles incrédules se sentiraient plus atteints et « souffleraient encore plus le feu que les dévots* »; et, trois mois après l'apparition de VÉinile. il pouvait, en effet, constater que (I le i)arti iiliilosophique était bien plus vivement ulcér('' (lu'eux'* ». 11 avait reconnu publiquement « qu'il y a des