‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 4 sur 386 · SIGNIFICATION UISÏOKIQUE DE LA « PROFESSION DE FOI · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION UISÏOKIQUE DE LA « PROFESSION DE FOI

centre privilégié d'un monde dont << tout a été fait pour lui »; — c'est adopter, pour tous ces problèmes, la solution qui sauvegarde les droits de l'aristocratie humaine, ou, pour parler un plus juste langage, qui sauvegarde notre éminente dignité, notre responsabilité, notre devoir, nos espérances <( d'enfants de Dieu » ; c'est, contre tous ceux qui, en s'attaquant à de vieilles idées philosophiques, visent derrière elles le christianisme lui-même, maintenir la solution chrétienne. Les apologistes chrétiens l'ont si bien senti, que nous les verrons, dans la génération suivante, annexer à leur apologétique toutes ces démonstrations de Jean-Jacques. Là même où le Vicaire ne sait pas dissimuler sa résistance aux solutions traditionnelles de la pensée chrétienne, quand il hésite, par exemple, devant la création ou les peines éternelles, c'est encore en chrétien qu'il hésite, je veux dire en homme qui reste persuadé que ses hypothèses peuvent se concilier avec une représentation vraiment chrétienne de Dieu.

Et, sans doute,'ce que prêche le Vicaire Savoyard, c'est bien, à l'en croire, « la religion naturelle », et même, si l'on vei:t, '< la religion de la nature »; et l'on ne voit pas comment l'on pourrait prêcher la soumission de nos Ames à la seule nature, sans tourner le dos au christianisme. Mais, entre la a nature >i de Rousseau et la « nature » intégrale, telle que la fonl j-arlcr Diderot et D'ilolljach, il n'y a guère qu'un mot de commun. Lui-mc-uio a iirolcsté contre les « pliilosophes » qui, « sous prêlrxlc d'expliquer la nature à leurs dociles sectateurs •>, ne cliciflient dans ce grand nom ({u'unc garantie à leurs (( (h'-solanles doctrines », (pii (( rélal.-nt pompeusement à la bHc de tous leurs écrits ■», et n'en font [)lus que l'enseigne du liljerlinage, ou, du moins, de la démoralisation'. « Intci'rogcons bonnement la nature », s'écriait Diderot, et voyons ce qu'elle nous ap[)rendra de l'homme et de ses devoirs; elle nous expliquera en quelques mots « presque toute notre

L Profession de foi [47], 445-447; Dialoijues, IX. 310 et note.

10 ROLSSKAU ET LA RESTALRATION RELIGIEUSE.

misère » : >< il existait, dira-t elle, un homme naturel: on a introduit au-dedans de cet homme un homme artificiel; et il s'est élevé dans la caverne une guerre civile qui dure toute la vie. Tantôt l'homme naturel est le plus fort, lantôt il est terrassé par Thomme moral et artificiel; et, dans fun et l'autre cas, le triste monstre est tiraillé, tenaillé, tourmenté, étendu sur la roue ». C'est une conception qui est presque celle de Rousseau, si même elle ne lui est identique. Et c'est encore rester fidèle à la pensée de Rousseau que d'hésiter, comme lui, à proclamer formellement la supériorité de « l'état de nature brute et sauvage » sur la civilisation, et de conclure, néanmoins. « qu'à tout prendre les hommes sont d'autant plus méchants et plus malheureux qu'ils sont plus civilisés' ». Mais, de cette thèse commune, quelle différence dans les conclusions pratiques, dans les formules du « code de la nature »! « Nous n'apportons en naissant, assure Diderot, qu'une similitude d'organisation avec d'autres êtres, les mêmes besoins, de l'attrait vers les mêmes plaisirs, une aversion commune vers les mêmes peines : voilà ce qui constitue l'homme ce qu'il est, et doit fonder la morale qui lui convient ». Ainsi réduit à ces besoins organiques, « le code de la naliir(> » s"oppose irréductiblement au (' code civil », comme au (( code religieux », et plus encore, peut-être à ce dernier, qui a su « attacher les noms de vices et de vertus à des actions qui n'étaient susceptibles d'aucune moralité- ». Ainsi la nature de Diderot ne sera guère qu'un appel à l'insurrection contre toutes « les erreurs de l'enfance », tous les <■ préjugés de l'éducation», tous les scrupules de la morale sociale'', tandis que, pour .lean-Jacques, » la sainte voix de la nature » se confond avec ce « principe inné de justice et de vertu ». qui, dans

1. Supplément au « Vova.ie d,: Boiiyniiivillc » ^370'. 241. 240, 148.

3. Je ne veux pas dire que la morale eiïectivemcnt conseillée par Diderot soit une pure anarchie naturaliste; mais j'essaye de mettre en lumière son esprit insurrectionnel et négatif.

SlC.MI'ir.ATION IJISTOmOUK DE LA <> l'UOKESSION DE KOI ». U

foules los consciences humaines, arilrme le même devoir, cl le même devoir chrétien '.

Que dit encore la nature de Diderot et de D'Holbach à l'homme qui vient lui demander une règle de vie et une foi? Elle lui dit de ne plus <( porter ses regards vers le ciel », de ne plus « chercher dans un monde imaginaire les principes de sa conduite ici-bas », sous peine de k marcher à tâtons sur la terre », et de « ne rencontrer jamais le bien-être, la sûreté, le repos nécessaire à son bonheur ». Cette nature, ouvertement et joyeusement athée, qui « ne se contredit jamais », parce qu'elle est l'unité et le tout des choses, peut iîien » détruire la base idéale de cette morale fanatique, qui éblouit les esprits sans corriger les cœurs », mais elle u donne à la science des mœurs une base inébranlable dans notre propre nature ». « Vainement, dit-elle à l'homme, cherches-tu ton bien-être au-delà des bornes de l'univers, où ma main t'a placé;... vainement l'attends-tu dans ces régions célestes que ton délire a créées... Ose donc l'affranchir du joug de cette religion, ma superbe rivale, qui méconnaît mes droits... Reviens, enfant transfuge, reviens à la nature! Elle te consolera, elle chassera de ton cœur ces craintes qui t'accablent, ces inquiétudes qui te déchirent, ces transports qui t'agitent, ces haines qui te séparent de l'homme que tu dois aimer». Cette " morale de la nature » pourra prêcher la bonté, la justice, l'humanité; mais elle donnera à ces vertus un parfum nouveau, en les purgeant de tout levain « superstitieux ». L'homme, qui, grâce à elle, aura établi en soi la paix définitive, qui aura « mis sous ses pieds les chimères dont le vulgaire est tourmenté », retrouvera presque des accents religieux, « dans la chaleur de son àme attendrie », pour exalter sa bienfaitrice et son vrai Dieu. « O nature, s'écriera-l-il, souveraine de tous les êtres, et vous, ses filles adorables, vertu, raison, vérité! soyez à jamais nos seules divinités; c'est à vous que sont dûs l'encens et les

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