‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 49 sur 386 · Lettre de Rousseau, de Nantes, du 18 mars · texte numérisé non relu

Lettre de Rousseau, de Nantes, du 18 mars

qui guérit les cœurs; il aura été pour eux ce que le Vicaire Savoyard avait été pour le petit fugitif de Turin'. J'étais dans un complet désarroi moral, lui raconte un capitaine au régiment de volontaires de Soubise; des lectures sans choix m'avaient corrompu; « je me serais peut-être égaré tout- à-fait sans le secours d'Emile... .Je rcgai'derai désormais votre Traité d'éducation comme ma Bible;... je peux vous dire ce que disait le jeune homme au Vicaire : vous serez mon dernier apôtre - ».

Ces conversions sont parfois si émouvantes, elles laissent dans lAmo un toi trouble, que le souvenir s'en prolonge pendant toute une vie. A cinquante ans d'intervalle, Eymar se rappelait encore, les larmes aux yeux, l'espèce de révélation — véritable coup de la grAce — que VÉinile lui avait apportée : « Mes yeux couverts d'un nuage s'ouvrent à la lumière, se dessillent; une clarté bienfaisante pénètre audedans de moi, et me découvre un nouveau monde moral, dans lequel je me crois subitement transporté. Je peindrais difficilement tout ce que j'éprouvais de ravissant dans ces méditations solitaires...; la paix et le silence de la nuit, tout, jusqu'à la lueur vacillante de la lampe, concourait à rendre salutaires et profondes, dans mon creur, les impressions qui devaient le transformer et lui donner une autre existence. Je baisais le livre, je l'arrosais de mes larmes, je ne pouvais plus m'en arracher. Un soir que je me rappelle très distinctement, la révolution fut si complète que, dès ce moment, je me sentis un nouvel être. Mes devoirs, qu'auparavant je dédaignais, me devinrent doux et sacrés ». Ce n'est pas seulement une illumination, cest une régénération '.

Sans doute, ces guérisons morales, ces « cures », comme

1. Cf. lettres de Pierre Gallot, de 1704, d'Etienne SouUier, s. d. [13].

2. Cf. lettre de Didelot, du 3l) décembre 1764 [13] : cf. encore un témoignage analogue de reconnaissance dans VÉloge de Rousseau, par Jacques-Vincent Delacroix [392], 6.

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