‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 51 sur 386 · ro/„/<'.>,sc dWlihre ;3«.)(i], p. x · texte numérisé non relu

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d"uno r(''gt'n(''i'ation religiouso; et souvent, comme pour Cai-ondelet, pour Saint-Brisson, pour Teulon, elles se tt-aduisent par uti retour aux pratiques traditionnelles; mais souvent aussi il semble que cette ferveur de dévotion ne dépasse pas Jean-Jacques lui-même, et que ce soit lui seul qui en bénéficie. Beaucoup de ces Ames, que Rousseau a rendues à la vie reliû;ieuse, ne connaîtront i^uère d'autre religion ({uo la religion, ou plus exactement, le culte de Rousseau. Ce sont, (failleurs, des ministres du Saint- Kvangilc qui trouveront peut-être les expressions les plus dévoles pour traduire ce culte nouveau. On dirait que leur ministère ne les a familiarisés avec la langue de l'adoration, que pour la mettre au service de ce nouveau Christ. Le ministre Mouchon oublie presque qu'il est le cousin de Jean-Jacques, pour ne voir en lui qu'un être privilégié, à itii-chemin entre la Divinité et l'homme. Il salue le « père de son Ame » avec des transports de respect et d'amour qui sont d'ini dévot; il « baise » les lettres de Jean-Jacques, lui élève « un trône dans son cœur », s'attendrit inépuisablement sur la bonté de son héros. « Si fous les hommes vous connaissaient, lui dit-il, quelle Ame assez dénaturée pourrait ne pas vous adorer? Vous m'élevez au rang de votre ami. Qu"ai-je fait pour le mériter? Vousmême vous avez tout fait; vous m'avez formé l'Ame et le coMu-; je n'ai pu que vous montrer votre ouvrage. Mes larmes vous ont touché. Qu'est-ce que des larmes, quand on se sent capable de verser autre chose pour votre service! Sans doute, vous savez par expérience qu'on'ne peut vous aimer faiblement' ». Ce sont là des invocations de disciples, que le martyre n'effraye pas, et semble même attirer. Si l'on compare ces paroles ferventes aux pi-ières liturgiques que devait réciter ce même pasteur, on poui-rait

1. Lettres du 20 octobre et 5 novemiirc 17()2 [13]. Le prudent auteur de VÉloge historique de Mouclion a essayé de montrer que l'admiration du jeune « enthousiaste ■> pour Jean-Jacques était pleine do ■< réserves », et cachait mal <• la divergence de leurs principes » [4!)2"'\;, 1, i>. xix-xx. C'est inexact, au moins pour le jeune iMouchon.

se demander de quel côté est la vraie piété, le vrai culte. Avant même la Nouvelle Héloïse et la Lettre à D'Alembert, le jeune Antoine-Jacques Roustan, « pauvre étudiant en théologie », écrit à Rousseau dans son style encore un peu trop empesé : c Parmi les Hébreux, on donnait aux disciples des prophètes le nom de leur fils, supposant que ceux-là étaient plus pères, qui enseignaient à bien vivre, que ceux même qui avaient donné la vie; or, en ce sens, monsieur, il n'est personne au monde qui puisse avec plus de justice prétendre au nom de votre fds que moi, heureux si la pratique répond à ma foi, et me sert de preuve que je tiens mon âme de vous^ ». Quelques années plus tard, quand Rousseau est devenu l'auteur de la Julie et du Vicaire, ce sentiment filial se prolonge en dévotion, dévotion touchante, du reste, qui s'exprime, cette fois, en une langue sonore, ardente, non sans éloquence. Le pasteur Roustan révère en Jean-Jacques une âme élue d'en- Haut, une de ces messagères bienfaisantes que la Providence délègue à l'humanité, à l'humanité souffrante et pauvre, pour la conduire à la vie éternelle.

Voilà, lui (lit-il, mon (lier maître, passez-moi ce titre, voilà la glorieuse milice où je tâcherai de suivre les pas de Jésus- Christ et les vôtres. Si le monde a besoin de riches bienfaisants, il a encore plus besoin de pauvres qui saclient l'être. C'est en lisant et en relisant votre chère lettre, que j'appelle un commentaire des Béatitudes,... que je m'elTorcerai de donner à mon àme une trempe à fépreuve de l'adversité. Non, grand Rousseau, vous n'êtes point inutile à la terre. II est encore des mortels dont les yeux vous suivent dans votre désert, et dont le courage s'anime en voyant la manière dont vous soutenez le combat. Veuille le Dieu des (îoinpassions adoucir enfin vos douleurs, verser son baume dans votre àme, vous donner dès ici-bas un avant-goût des plaisirs qu'il réserve à ses bienaimés. Veuille-l-il augmenter le nombre de vos disciples, et me mettre parmi eux -.

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