‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 52 sur 386 · Lettre s. d · texte numérisé non relu

Lettre s. d

Ce sont là de très intéressants spécimens d'une littérature particulière, où se mélangent l'onction pastorale et la ferveur du dévot. Pour ces imaginations ardentes, que la parole du dieu nouveau a troublées, — on devine que souvent, la voix du Christ et la voix de Jean-Jacques se confondent. Voici encore, du môme Roustan, un témoignage aussi édifiant, avec une note plus amicale peut-être et plus familière, mais où l'amitié, craignant de se montrer « despectueuse ■», comme il dit, se tempère de vénération et d'extase.

Je viens de recevoir, lui écrit-il, une lettre d'Usteri, baigné de joie d'avoir passé un jour avec vous; et moi, maltieureux! il me faudra attendre l'autre vie! Mon cher maître, tout mon cœur s'émeut à votre seul nom, il voudrait s'élancer hors de moi ; il se transporte sur les crêts de Montmorency ; il tressaille en découvrant votre toit : c'est là-dessous, dit-il, qu'il demeure; il entre en tremblant; il entend votre voix; un doux frémissement le saisit; il se précipite à votre chevet, et trempe vos mains de ses larmes. 0 Rousseau ! de combien de cœurs peins-je ici létat? Si tu pouvais entendre les bénédictions qui te cherchent de tous les lieux où tu es connu, les vœux qui s adressent au ciel en ta faveur! Adieu, la tendresse devient parfois despectueuse; adieu, mon cher maître, mon père, aime-moi comme je te respecte et je t'aime'.

Un « disciple », un « fils » comme celui-là, peut faire des réserves sur le fond même de la doctrine, n'importe! c'est une âme éminemment rousseauiste, une de ces « âmes secondes », comme disait Saint-Brisson, qui sont faites pour marcher derrière Jean-Jacques.

Il suffit de lire ces quelques lettres, pour comprendre que de telles âmes, Voltaire est impuissant à combler leurs ardeurs, et que cette claire raison, à qui a manqué « le lait » de l'humaine et de la divine tendresse, les laissera insatisfaites. Pour elles, Jean-Jacques réalise en un dieu de chair — d'autant plus sensible au cœur — ce besoin de reli-

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