Lettre du 24 sepleinl.re 17fi
ROUSSEAU niRECTEUH ET CHEF 1> EGLISE. 75
maître atioi'al)lo,... pcrnu'ts, permets, cher Rousseau, que j'aille baiser tes traces, eu atteudant que je puisse les suivre* ». Quand une Française, blessée des plaisanteries de Rousseau sur les parisiennes, lui écrit pourtant, plus admiratrice encore que gémissante : « vous à qui j'avais dressé des autels,... je vous promets que je continuerai à enrcuser vos autels, qu'une autre que moi eût brisés dans sa douleur- ■■> ; quand Deleyre compare la fuite de Jean- .lacques en Suisse à la fuite de Jésus en Egypte ou à celle d(> .Malionïcl à Médine ', — ce sont à peine des métaphores; et nous ne serons pas étonnés que, quelque dix ans plus tai'd, les dévots de Rousseau, perdant toute mesure, en viennent sans façon à le placer au-dessus de Jésus. Rernardin de Saint-Pierre voudra lui présenter un jeune homme, dont la dévotion fanatique effraiera le dieu lui-même. <( Ne me l'amenez pas, dira-l-il à Rernardin; il m'a fait peur; it m'a écrit une lettre où il me mettait au-dessus de Jésus- Chrisl '' ». Nous ne devons pas oublier tous ces délires de (iisciplcs : ils nous aident à comprendre (jue .Jean-Jacques lui-mémo ail pu céder parfois à la tentation, plus ou moins consciente, de se poser en parallèle avec Jésus. Sans doute, s'il y a un culte de Jean-Jacques, c'est Jean-,Jacques luimême ({iii en a été le premier sectateur; c'est lui, peut-être le premier, qui, dans ses jours d'exaltation, a parlé à mots couverts du dieu qu'il sentait éclore en son âme; c'est lui qui le premier a déclaré, comme un nouveau Christ : c je ne puis souffrir les lièdes...; quiconque ne se passionne pas pour moi n'est pas digne de moi '■'»; mais il convient de se rappeler les formules imprudentes de SCS adorateurs : elles lui ont permis de ne point s'étonner devant les suggestions de son orgueil : elles l'ont enhardi à oser être pleinement dieu.