‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 55 sur 386 · J.J. Rousseau [\U · texte numérisé non relu

J.J. Rousseau [\U

.5. Lettre à Mme Latour, du 20 septembre 1702. X, 371.

Le spectacle de ses dernières années et le mystère de sa fin n'étaient pas faits pour amortir la dévotion de ses fidèles. Proscrit, pauvre, errant, incertain du lendemain, solitaire jusque dans Paris, témoin de la « Vérité » au milieu de la « ligue » qui l'encercle, allant demander à la nature, dont il a été le prêtre, un asile pour y mourir, trouvant enfin son tombeau dans une petite île silencieuse, dormant son dernier sommeil sur « un lac paisible et clair »,

Et sous l'immensité de la voûte des cieux',

comme un dieu dans la solitude de sa divinité, — Jean- Jacques, saint et martyr, Jean-Jacques sacré par la mort, était encore plus émouvant pour ses disciples dans les jardins d'Ermenonville que dans la Profession de son Vicaire. « L'homme de la nature et de la vérité » en devenait le dieu :

Ces tendres peupliers voient transformer leur gloire; Une invisible main arrache leur rameau, Et leur tronc s'arrondit en colonne d'ivoire. Tout disparait, tout change, en ce paisible lieu; ' Au nom du sentiment, s'élève un nouveau temple; Sous ses traits, c'est Rousseau que mon œil y contemple. Qui le peignit le mieux doit en être le dieu.

Chantons, célébrons la présence Du nouveau dieu du sentiment 2.

Mais ces « chants » en l'honneur du « nouveau dieu », nous ne les connaissons pas, ou nous les connaissons mal, je veux dire ces cantiques intérieurs, où les âmes ferventes de Jean-Jacques laissaient monter leur gratitude et leur piété pour le dieu qui les avait guéries. Rousseau mort il n'y a plus personne pour recevoir les prières et les

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