Rousseau, auteur de la Révolution [463], I
était le premier à en bénéficier. Ceux-là même qui admirent Voltaire sans réserve, et qui regrettent << les erreurs funestes » de Jean-Jacques, confessent pourtant que c'est à lui seul que convient « le respect religieux », à lui seul qu'on peut « offrir un encens réservé pour les dieux ' ». Et, sans doute, les Éloges pulluleront sur la tombe de Voltaire comme sur celle de Rousseau: mais le ton n'en sera pas le même : on y sentira l'admiration, mais non cette reconnaissance qui est une forme de la piété; il y aura des statues de Voltaire comme des statues de Jean-Jacques, mais c'est Jean-Jacques qui aura la première-; et c'est aux pieds des siennes seulement qu'on suspendra des couronnes et des fleurs; Voltaire et Jean- Jacques connaîtront la gloire en images; mais il n'y aura que Jean-Jacques dont les images immortaliseront la mort comme celle d'un saint. La célèbre estampe de Moreau le Jeune, sur les Dernières paroles de J. J. Rousseau, est presque un document hagiographique : les paroles sont celles d'un voyant, qui touche déjà la félicité suprême; et cette lumière, qui filtre par la croisée, est comme lappel du Dieu bon à son serviteur ^.
Quelque temps après la mort de Rousseau, il na plus d'admirateurs, il n'a que des disciples; et les rousseauistes forment secte. « Il est le seul, dira Ballanchc, qui ait eu le don de faire secte dans ces temps modernes, sans y mêler le prestige de nouveautés religieuses '^ ». La formule est un peu équivoque. Certes, Rousseau n'est pas l'apùtre d'une religion nouvelle, et surtout n'a pas voulu l'être : Pour jouer le rôle d'un Luther et d'un Calvin, il lui manquait autant l'ardeur du prosélytisme que rai)pétit de domination; et il s'est contenté « d'èlre le pré-