Du sentiment [îJO
HOUSSRAU IilKl^CTEUH ET CHEF Ii'eGLISE. 79
(licaU'iir de Dieu dans lous Irs cultes' >■ ; pourtant c'est là sa marque, de n'avoir pas enseigné sa doctrine en l'iiilosophe, mais de l'avoir annoncée en prophète, et d'avoir donné à toutes ses paroles cette émotion religieuse (jui transforme en foi l'adhésion f(u"elles conquièrent. Naigeon la bien senti, et sa haine pour Rousseau l'a rendu ici clairvoyant . h Les étrangers, remarquait-il dès 1778 '^ ont dit que M. Rousseau avait fait secte parmi nous. Ils auraient pu ajouter que cette secte, si aveuglément dévouée et soumise à son chef, est plutôt religieuse ([uc philosophique. En effet, il n'y a guère que des opinions religieuses... qui peuvent inspirer cet esprit d'intolérance dont tous les partisans du citoyen de Genève sont plus ou moins animés. Quiconque ose avoir sur ses écrits et sur sa pei'sonnc; un sentiment contraire au leur s'expose infailliblement à une espèce de persécution, qui a tous les effets de la haine tliéologique ». Ces derniers mots sont d'un ennemi, et d'un ennemi injuste. Nous verrons bientôt, il est vrai, des autodafés pour apaiser les mânes de Jean-Jacques, mais on n'y brûlera que des livres. Les dévots du dieu sont pacifiques, et se contentent de réclamer pour lui la première place aux Champs- Elysées. Les (' philosophes » avaient exalté Socrate comme le grand martyr de la vérité, comme le plus noble exemple de la vertu humaine. Les rousseauistes égaleront Jean-Jacques à Socrate; en vingt chapitres, et sur deux colonnes parallèles, l'abbé Brizard détaille les vertus des deux sages, pour donner la suprême couronne au saint d'Ermenonville : « Lui seul, YÉinile à la main, surnagera sur l'océan des siècles, et viendra redire à l'Être suprême : qui fut meilleur que mop »! Cette comparaison avec Socrate n'est donc qu'une étape dans l"ai)othéose. Le Vicaire Savoyard avait comparé Socrate à Jésus; les lecteurs du