‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 66 sur 386 · Brizard, Pèlerinage d'Ermenonville · texte numérisé non relu

Brizard, Pèlerinage d'Ermenonville

souvenirs semblent lui donner tort. Pourtant que Ton se rappelle les nombreuses manifestations de la vie révolutionnaire où Jean-Jacques est associé; elles ont perdu, pour la plupart, ce recueillement, cette intimité, cette mélancolique ivresse du cœur, qui faisaient des anciens pèlerinages d'Ermenonville des actes de dévotion: elles ont le tort surtout d'ôter à Jean-Jacques son caractère de héros unique, pour le faire rentrer dans la foule des précurseurs. Sans doute, les pèlerins n'oublient pas le chemin de l'Ile des Peupliers. PZn janvier 1791, l'allemand OElsner écrivait encore de Paris à son ami Halem : « Les adorateurs de ce saint feront le pèlerinage d'Ermenonville au i)remier beau jour de printemps; les fidèles de ^'oltaire protestent contre cette idolâtrie' )>; plus tard même, quand le tombeau sera vide, il ne sera pas délaissé, et bien des larmes encore l'arroseront-. Mais, ix)ur beaucoup, ce pèlerinage n'est plus simplement le pèlerinage des « âmes sensibles »; il est plutôt le pèlerinage des âmes républicaines. Ce qui sort du tombeau, ce ne sont plus les appels au cœur, mais les appels au civisme : « Nation généreuse et sensible », s'écrie lombre de Jean-Jacques à six patriotes parisiens, qui ont fait le voyage d'Ermenonville pour vénérer le dieu de la liberté, « braves Français, citoyens, compatriotes, amis!... Dans ce séjour de gloire que j'habite, dans l'asile de paix et de félicité que je partage, dans la contehiplation délicieuse de l'Être immense que je vois face à face, on ne désire des mortels d'autres statues que l'exercice des vertus sociales et la sainte humanité' )>... Et « le bon, le sensible Jean- Jacques », qui a interrompu son sommeil pour réconforter le peuple français, continue à parler avec abondance, mais plus en journaliste qui sort de l'Assemblée nationale qu'en immortel familiarisé avec l'Être suprême. Sans doute

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