Cf. l'étude de P. Mautouchet
9. C'est l'inscription de la statue votée par la Guuslituante [400], 17.
h' l)onnct est le signe de la liiterté, et que celui-ci a couvcM-t la tète du plus illustre de ses défenseurs ' ». Dans toutes ces l'êtes de la Révolution, il reste un des « (lambeaux de l'univers », mais aux côtés de Montesquieu, de Fénelon, de xMably, de Brulus ou de Scevola. On a oublié qu'il disait à Voltaire : « je vous hais »; on les réconcilie sur les estampes, pour prêcher de concert les droits de Thommc et accueillir Mirabeau aux Champs-Elysées 2. Un Hymne aux grands hommes, qui sera bientôt chanté à Tours pour l'ouverture du temple de la Raison, nous montre Jean-Jacques dépouillé de son auréole d'Ermenonville, et comme perdudans le panthéon des saints révolulionnaires ■.
Des vieux saints nous ne voulons plus; Ces saints ne valent pas les nôtres.
Marat, Peletier et Brulus, Voilà nos vrais apùtres.
Coiivenez-en. mes bons amis, Uousseau vaut mieux que saint Pierre.
On nous vantait fort saint Denis; Que devient-il près de Voltaire?
Oui, sans Voltaire et sans Rousseau, La Raison, qu'ici on vénère.
Serait encore dans le berceau.
Bientôt le républicanisme, A l'aide du profond Mably, Donna la chasse au despotisme.
(iloirc à jamais à ce trio.
1. Fêle de Moiitmori'ncy [460], 27. — Reconnaissons pourtant (|ue, dans cette fête de Montmorency, la dévotion envers le <• saint » n'a pus disparu : Rozier demande a ses auditeurs une attitude recueillie dans ces lieux ((ue Jean-Jacques a « sanctiliés de sa présence » (p. 12); Chérin leur conseille de venir « arroser de leurs larmes » cet autel de la « vertu », et d'y |)uiser « une nouvelle force pour accomplir le bien » (p. 21-22)-, mais c'est surtout l'auteur du Contrat •>, l'illustre fondateur de la liberté », qui est exalté (titre, et p. 10-11).
2. Cf. Iconographie de Rousseau, n'" 483-.j30 [599], 108-120.
■i. Fête de Vouveriure du temple de la liaison, célébrée à Tours, le décadi -JO frimaire an II [572], 120-121.
Qui fit le bonheur de la France.
Sur les vieux saints, crions haro!
Point de quartier, point de clémence :
La Raison les abolit tous, Et veut que tout Français préfère A ce tas de cafards, de fous, Mably, Jean-Jacques et Voltaire.
Voilà ce qu'était devenu en 1794 le culte de Jean- Jacques : il n'est plus à proprement parler un culte, mais le souvenir d'un grand précurseur. Ses vrais fidèles le connaissent trop pour le mêler aux autres. Ils savaient quon ne pouvait l'aimer, comme il le voulait, qu'en le mettant à part et au-dessus de tout : Loaisel de Tréogate lui sacrifiait Voltaire', Brizard immolait Diderot à ses mânes. Ils sentaient bien que, pour conserver à sa divinité, son mystère et son attirance, il fallait le laisser dans l'île des Peupliers, non pas seulement parce que ce paysage de mélancolie, cette solitude, ce silence, favorisaient l'émotion religieuse, mais parce qu"à Ermenonville il était l'unique-. Quand on l'aura transporté au « Temple des Grands Hommes ^ »," cette panthéonisation, en paraissant consacrer sa gloire, ne fera qu'anémier son culte; il n'est plus qu'un dieu parmi d'autres : on ne va pas prier dans un panthéon.
Si pourtant, l'on voulait retrouver, même après 89, quelque chose de l'émotion et de la ferveur religieuses des premiers dévots du rousseauisme, c'est au théâtre qu'il faudrait le chercher, dans ce théâtre révolutionnaire, où la «vertu » et la « sensibilité » prennent leurs revanches des tumultes du club et de l'assemblée, ou des scènes féroces de la place publique, dans ce théâtre édifiant, qui s'est réformé selon l'idéal de la Lettre à D'Alembert :
\. Dolbreuse [416], 11, 111-113.