Analyse de la religion chrétienne [3'i
révélations, la révélation chrétienne prétend s'appuyer sur des miracles et des prophéties; mais, sans parler des objections philosophiques, qui sont décisives, contre des miracles impossibles dans une nature réglée par des lois, contre des prophéties, souvent apocryphes, toujours invérifiables, et ployables en tout sens, — ces miracles de l'Évangile et de la Bible, à les regarder d'un œil que le fanatisme n'obscurcit pas, sont pour la plupart, ou indécents, ou puérils. Ils ne valent pas davantage que ceux des thaumaturges païens, d'Orphée ou d'Apollonius de Thyane; la mythologie n'a rien de plus invraisemblable ou de plus risible que les prodiges de l'histoire d'Israël; et l'Évangile rejoint les Métamorphoses d'Ovide ^ Dire que nous n'avons pas plus le droit de mettre en doute les miracles de Jésus- Christ que « l'existence de Scipion ou de César », c'est un défi au bon sens-. Pour les prophéties, le moins qu'on puisse dire « de ces longs et énormes galimatias », c'est qu'ils sont incompréhensibles; mais trop souvent ce ne sont que des « rêveries dégoûtantes », où « l'extravagance » le dispute à « l'impureté », des « livres sans raison et sans pudeur'' ». Quant à Jésus, c'est un homme comme les autres, dont « l'imagination vive des habitants de l'Asie » a fait un « enthousiaste^ ». C'était une manière de quaker, une première esquisse de George Fox, « comme lui, un ignorant de la lie du peuple, prêchant quelquefois, comme lui, une bonne morale, et prêchant surtout l'égalité, qui flatte tant la canaille" ». Si Voltaire, à do certains jours, veut bien concéder que ce fut « un enthousiaste de bonne foi, et un bon homme, qui avait la faiblesse de vouloir faii'c i)arler de lui " », son ami le curé Meslicr est
1. Analyse de la relifjion clirélienne [342], 57-58; Meslier, Tcslameni [322], 318-319; Examen imporlanl, [352]. 233.
2. Christianisme dévoilé [316], 69-70; Manuscrit « philosophisle », cité par Berruyer, Histoire du peuple de Dieu [282], I, p. lxiv-lxv.