Certitude des preuves du niahoinétisnie [400], 105, note
méfiance à l'égard de tous les clergés et de toutes les religions. I/auteur d'un petit poème intitulé Ermenonville ou le tombeau de Jean- Jacques, a été pris, lui aussi, par la contagion sacrée; il n'a pas oublié « les consolations que Rousseau répandit sur sa vie », et le voici en dévot au tombeau d'Ermenonville. En approchant de l'île sainte, « une douce mélancolie, un enthousiasme divin dégagent rame des liens qui l'attachent à la terre », mais laissent à la raison toute sa fermeté :
0 Rousseau, ton asile est un temple sacré; Je m'approche en tremblant de ce lieu révéré.
0 Rousseau, quand la mort te ferme la paupière, Ton front n'est point voilé du drapeau funéraire, La superstition, en ses tristes concerts, De son lugubre airain ne frappe point les airs •.
Ces quelques accords suffisent pour faire connaître toute la sonate. Un autre document, qui témoigne du même esprit, mérite de nous retenir davantage, parce que le dualisme en est plus précis et plus conscient. Personne n'a plus soigneusement distingué que cet écrivain anonyme le culte de Jean-Jacques et la « superstition » qui pourrait en sortir : au milieu des enthousiasmes les plus pieux, il tient à dire qu'il ne dépassera point la ligne de démarcation qui sépare « le fanatisme » de la dévotion pour l'homme divin. Cette brochure anonyme de l'an III est encore un Voyage à Ermenonville, « voyage sentimental » et mélancolique, ou plutôt pèlerinage, comme tous ceux que nous avons vus : Les larmes, les « douces )> larmes, y coulent avec une délicieuse facilité, en approchant du tombeau sacré ^; mais, même quand le tombeau contenait encore la dépouille « du meilleur des hommes », ce pèlerin « philosophe » n'y allait pas comme « à la Mecque du fanatique musulman, au Golgotha du crédule catholique ». (( Jean-Jacques - serait, sans contredit, le premier dieu
1. Joseph Michaud, Décade du 20 vendémiaire an III [68], 111,105-109.