Profession de foi [il
3. Cf., par exemple, sa lettre nu chevalier d'Éon, du 31 mars 1T6G, XI, 323.
science de lui-même; bien des livres, naguère encore populaires, retrouvent une dernière force en venant se perdre dans son rayonnement; mais d'autres, qui, aujourd'hui, se sont presque effacés devant sa gloire, ont continué longtemps encore d'exercer à côté de lui leur action et de la manifester. Une œuvre comme celle de Bernardin de Saint-Pierre, qu'on serait tenté d'abord d'annexer strictement à celle de Rousseau, — si pénétrée qu'elle soit de son influence, — est beaucoup plutôt dans la tradition de Pluche, de Nieuwentyt, de tous les pieux physiciens ou naturalistes du xviii^ siècle*. Bien avant Julie et le Vicaire, la vague du sentiment monte à l'assaut des cœurs, et prépare des retours à la religion. Toutes les âmes sensibles de la fin du xvin'= siècle, qui s'attendriront sur les merveilles de la nature, et retrouveront Dieu au fond de leur conscience, ce ne sera pas toujours Jean-Jacques qui les aura converties. Inversement, si c'est lui qui « a fait tomber le bandeau des yeux » au jeune Brissot, nous ne croirons pas pour cela que tous les adorateurs de la Raison dans les églises désaffectées eussent appris par cœur la Profession de foi. De même encore, aux côtés de Rousseau, il est des « philosophes, qui, par ailleurs, peuvent être ses ennemis et combattre âprement son action, mais qui, parce qu'ils vivent dans la même atmosphère et subissent les mômes pressions inconscientes, ont travaillé parfois dans le même sens que lui. Quand Voltaire parle de Dieu et des devoirs de l'homme avec gravité, presque avec émotion, il trouve des formules que ne dédaignerait pas le Vicaire Savoyard. Rousseau a pu se reconnaître dans les plus belles pages de la Religion naturelle-; et n'aurait-il pas souscrit à des « axiomes » comme ceux-ci ;
1. Personne, du reste, n'a su affirmer plus lenacement et jalousement que Bernardin son indépendance littéraire et philosopfiique. 11 l'a maintenue à plusieurs reprises contre ceux précisément qui ne voulaient voir en lui qu'un disciple de Jean-Jacques : cf. M. Souriau [589], 135-142.