‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 78 sur 386 · Salon de 1765 [100], X · texte numérisé non relu

Salon de 1765 [100], X

i02 ROUSSEAU ET LA RESTAURATION RELIGIEUSE.

conscience de son idéal en formation, et lont acheminée vers la même foi que Jean-Jacques par des-<;hemins très voisins. Au moment où le Vicaire Savoyard prêche aux -Français « l'espoir du juste qui ne trompe pas », un appel analogue commence à lui venir d'outre-Manche. De 1760 à 1762, quelques Nuits de Young sont traduites en français; en 1769, l'adaptation de Letourneur paraît, et, tout de suite, devient populaire, non seulement chez « les partisans de la saine morale ' », mais chez tous les cœurs épris de divin. Le D'" Young, comme on disait alors, est un chrétien plus ferme que Jean-Jacques; sa ' sensibilité est plus étroite; ses émotions moins riches et moins diverses; mais son influence renforce celle de Rousseau. Comme lui, ce quil conseille dans ses méditations-sermons, c'est l'assainissement de l'àme par la solitude, son élévation vers les pensées éternelles, sa confiance dans le Dieu qui doit l'accueillir un jour. Rousseau, le premier, a reconnu celle parenté d'inspiration; et, quelques mois après que la traduction de Letourneur avait paru, il se rangeait avec « le nerveux Young » dans une même confrérie spirituelle, celle des « cœurs sensibles », des amants de la solitude, de ceux qui savent converser avec Dieu, en opposition à la troupe des sages mondains, de Diderot et des autres « philosophistes 2 ».

Cette convergence des deux œuvres, Rousseau n'a pas été le seul à la sentir. Beaucoup d'autres ont compris que ces deux maîtres de la vie intérieure, malgré la diversité de leurs cultures et de leurs tempéraments, oi-ientaient les âmes vers les mêmes sommets. « Lecteur, s'écrie Brissot, avez-vous quelquefois suivi le mélancolique Young au travers des tombeaux éclairés par les faibles rayons de la lune? Aimez-vous à errer dans les forêts solitaires,

1. Approbation de la traduction de Letourneur par Remond de Sainte-Albino [303], I, p. lxxxvui. Sur Younij et ses » Nuits » en France, cf. F. Baldensperger [bOO^'l,, I, oo-lÛ9.

2. Lettre à M. de Saint-Germain, du 26 février 1770. XII, 187-188. Rousseau y cite le début de la « Douzième Nuit • [363], 1, 303.

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Épictètc ou Houssean à la main' >? Ces questions sonf. une aflirnuilion. Elles disent (|uc, pour ce jeuni; honiiue, la poésie du D"" Young et l'éloquence de Jean-Jacques le niainliennent dans une même atmosphère de sensibilité.

Je me suis arrêté à Young. parce que son succès fut grand, et que Rousseau lui-même s'est déclaré de sa famille; mais il faudrait, aux côtés de Young, faire place à l'auteur des Tombeaux et des Médilations, à celui de VÉlégie sur un cimetière de campagne, à Thompson, à Goldsiiiilh, à Ossian, à tous ces poètes d'outre-Manche qui se sont acclimatés en France de 1760 à 1780, rêveurs plus mélancoliques que Jean-Jacques, moins arcadiens certes, plus amoureux d'obscurité, de brouillards, de tempêtes et de clairs de lune, mais dont la sentimentalité religieuse s'est ajoutée à la sienne, et qui l'ont aidé à conserver dans les âmes françaises le frisson pascalien-, le sens du mys tère, l'inquiétude devant la mort, le besoin de purifier et d'élargir l'âme par la foi en Dieu. A la veille de la révolulion, un " solitaire » de la Suisse allemande, se faisait, lui aussi, naturaliser en France. Son livre, d'ailleurs tout pénétré de Rousseau^, accueilli comme un consolateur par tant d'âmes inquiètes ou lasses, venait collaborer à cette restauration des idées religieuses, dont Jean-Jacques avait été, et demeurait encore, le principal artisan. Toutes ces concordances doivent nous rester présentes à l'esprit, quand nous lisons un texte de 1790 ou de 1800. Autrement, nous risquerions de saluer comrpe une survivance de Rousseau ce qui n'est que du Young, du Zimmermann,... ou même du Voltaire. ^

Prenons un exemple : il n'y a peut-être pas de thème

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