De la vérité
2. Sur celte parenté de Pascal et de Young-, cf. Delisle de Sales, Philosophie de In nature [305 A], II, 148.
3. Zimmermann, De la solitude [443'"~] : cf., en particulier, p. 29, 48, 212, 223, 228, 238, 256, 285, 289, etc., les allusions à Rousseau. Noter que Mercier, dans sa Préface (p. 10), avertit le lecteur que c'est sur la recommandation de Lolourncur que sa traduction a été acceptée par le libraire.
qui paraisse plus conforme à l'esprit de Rousseau et porter mieux sa marque que l'éloge du curé de campagne : « Mon bon ami, je ne trouve rien de si beau que d'être curé; un bon curé est un ministre de bonté », etc. II n'est pas sûr pourtant, que, partout où nous rencontrerons cet éloge du desservant du village, il faille en faire honneur à Jean-Jacques. Avant lui, labbé de Saint-Pierre avait exalté la noble mission de ces « officiers de morale », lorsqu'ils savent renoncer à la théologie, et se contenter du dogme de la « bienfaisance' ». Mais, deux ans après la Profession, Voltaire, lui aussi, proposait un Catéchisme da curé, qui ne manquait ni de sympathie, ni môme d'attendrissement. En faisant, je ne dis pas quelques relouches, mais seulement quelques suppressions, dans le discours de son Téotime, on croirait entendre un curé de campagne, qui serait le voisin du Vicaire Savoyard, voisin un peu plus positif, moins sensible, moins mystique surtout, avec qui cependant le Vicaire pourrait causer :
On me donne une petite paroisse, et je l'aime mieux qu'une grande...; j'ai étudié assez de jurisprudence pour empêcher autant que je pourrai mes pauvres paroissiens de se ruiner en procès; je sais assez de médecine pour leur indiquer les remèdes simples, quand ils seront malades; j'ai assez de connaissance do ragricullure pour leur donner quelquefois des conseils utiles. Le seigneur du lieu et sa femme sont d'honnêtes gens, qui ne sont point dévots, et qui m'aident à faire du bien.... Je parlerai toujours de morale et jamais de controverse...; je tâcherai de faire des gens de bien et de l'être, mais je ne ferai point de théologiens, et je le serai le moins que je pourrai.,.. La confession est une chose excellente, un frein au crime, inventé dans l'antiquité la plus reculée...; elle est très bonne pour engager les cœurs ulcérés de haine à pardonner, et pour faiie rendre par les petits voleurs ce qu'ils peuvent avoir dérobé à leur prochain.... Je permettrai à mes paroissiens, je les presserai même, de (;ultiver leurs champs les jours de fête, après le service divin, (|ue je ferai de très bonne heure. C'est l'oisiveté de la férié qui conduit au cabaret — Ainsi vous
l. Cf. Œuvra de l'atjbé [122], Vil, 41, 7.3, 09, VIII, 143, X, 351, etc.
concilierez la prière et le travail : Dieu ordonne l'un et l'autre; vous servirez Dieu et le prochain. Mais, dans les disputes ecclésiastiques, quel parti prendrez-vous? — Aucun. On ne dispute jamais sur la vertu, parce qu'elle vient de Dieu : on se querelle sur des opinions qui viennent des hommes. — Oh ! le bon curé! le bon curé ' !
Je veux bien que co (c bon curé » ne dira pas sa messe avec les sentiments du Vicaire, et qu'il ira voir jouer le Misanthrope chez le seigneur du village « dans une loge grillée »; mais, à ne regarder que l'extérieur, à n'écouter que leurs prônes, ces deux curés de campagne, celui de Voltaire et celui de Jean-Jacques, risquent fort de se confondre dans l'imagination des lecteurs; et, si « le bon curé » devient, en quelque sorte, un type d'estampe populaire à la fin du xviiio siècle, on ne peut nier que Voltaire n'y soit pour quelque chose. Le « bon curé » de La Harpe, celui qui dit :
Ma règle est d'être vrai, mon état d'èlre utile,
et qui semble ne connaître d'autre « Dieu de vérité » que le « Dieu de la bonté », est biçn plus voltairien que rousseauiste-.
Mais, ici encore, l'apport étranger n'est point négligeable. En Suisse comme en Angleterre, on s'attendrit volontiers sur « l'importante et douce relation de pasteur à troupeau »; on répète complaisamment que c'est elle qui maintient dans les populations primitives des campagnes les « mœurs » et le « bonheur^ ». Le « bon pasteur » de la montagne bernoise, à qui on avait fait cadeau d'un coq de bruyère, et qui, ne connaissant point cette béte, décida, sur l'avis de sa gouvernante, de l'enterrer sans le manger, ce pasteur innocent et rustique