J. A. Deluc, Lettres physiques et morales [393], V
dont nous parle Ziinmermann ', était sans doute moins éloquent que le Vicaire Savoyard, mais il devait être, comme lui, <■ un ministre de bonté ». La littérature d'outre-Manche a créé au xviir siècle le lyi)e désormais inoubliable de Tecclésiastique (( humain et compatissant «. Le ^'icairc de Wakefield, qui sera connu du public français dès 1767, rejoindra le Vicaire Savoyard dans laffection des bonnes gens. Quand Letourneur reprendra reloge du curé de campagne, en une belle page où il meltra autant de pittoresque rural que de sensibilité chrétienne, on ne sait où il aura pris son inspiration : chez le citoyen de Genève, ou chez les poètes anglais -. Lorsqu'on 1800, Delillc, dans son Homme des champs, célébrera Ihabitant du « modeste et pieux presbytère », « rhomnie de Dieu, dont le saint ministère »
Du peuple réuni présente au ciel les vœux, Ouvre sur les hameaux tous les trésors des cieux, iSoulape le malheur, consacre Fhyménée, Bénit et les moissons et les fruits de l'année, Enseigne la vertu, reçoit l'homme au berceau, I^e conduit dans la vie et le suit au tombeau 3,
— les journalistes contemporains salueront tout de suite dans ces vers une paraphrase du tableau de Jean-Jacques*; mais Delille, lui-même, préviendra son lecteur qu'il s'est inspiré du « charmant poème dé Goldsmith, The deserted village '■' », Néanmoins, le rédacteur des Annales philosophiques n'avait point tort de faire ce rapprochement. Si ce n'est pas la Profession de foi qu'avait Delille sous les yeux, quand il peignait le presbytère de campagne, c'est bien elle qui avait préparé l'imagination et la sensibilité fi'ançaises à se laisser émouvoir par ses vers. Cet exemple peut nous faire comprendre comment bien des thèmes