Cf. Nouvelle Héloïse (VI, vu), V
110 UOrsSEAU ET LA RESTAURATION RELIGIEUSE.
idées % et dont Rousseau lui-même vantera d'abord c la morale si pure et si sublime ^ ». Plus tard, quand la lettre de Mably à Mme Saladin l'aura brouillé avec l'auteur des Lettres de ta montagne ^, Rousseau parlera de l'abbé sur un ton plus aigre, et dénoncera dans les Entretiens de Phocion « une compilation de ses écrits, faite sans retenue et sans honte ' '. Les deux jugements, du reste, ^malgré leur oi^posilion apparente, se confirment, et soulignent un fait incontestable : les Entretiens de Phocion sont un livre dinspiration rousseauiste; et le troisième Entretien, où Mably << voudrait que tous les hommes fussent persuadés de cette vérité importante que la Providence, qui gouverne le monde, et qui voit les mouvements les plus secrets de notre âme, punira le vice et récompensera la vertu dans une autre vie », est d'un homme qui a lu à la fois la Profession et le Contrat. Les pages suivantes, sur l'impossibilité d'échapper à la conscience, et sur l'impuissance des sophistes à la supprimer, confirment cette impression*. Treize ans après, Mably publiait un traité De la tègislation, on Principe des lois. Il avait beau alors ne plus frayer avec Jean-Jacques, il n'en restait pas moins son disciple. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les titres des quatre chapitres qui constituent le livre IV et terminent tout l'ouvrage. C'est un jjrogramme de politique religieuse, dont les articles sont tout rousseauistes : I. Des lois relali- . vement à Vèducation que la république doit donner aux citoyens. 11. De la nécessité de reconnaître un Être suprême. Des maux que produit l'athéisme. Des lois qu'on doit lui opposer. III. De la nécessité d'un culte public. Que le législateur doit le faire respecter et empêcher que la religion ne dégénère en fanatisme et
1. Cf. leltre du prince de Wiitemberg à Rousseau, du 23 mai 1764 [27], 11, 183.