Contrat social, III
société; ce n'est que sur la foi de celle garantie que je compte sur la foi de mes concitoyens ' ». Et, si les formules de Mably sont moins cassantes que celles de Jean-Jacques, s'il maintient en principe la différence des deux tolérances, l'ecclésiastique et la civile, — dans le fond, et sur les mesures pratiques, ils se retrouvent d'accord. « Le gouvernement, écrit l'auteur de la Législation, doit être intolérant- >>. L'athéisme ne doit pas être toléré, car il est éminemment insociable. Sans doute, dit Mably, je ne demande pas « qu'on allume des bûchers. Dieu n"a pas besoin de nous pour se venger; il saura punir l'impiété comme elle le mérite. Ainsi le législateur doit se borner à infliger les châtiments nécessaires, pour intimider l'athéisme et l'empêcher de corrompre la société » ; mais ce « châtiment nécessaire » sera souvent « la prison perpétuelle ». « Une retraite de quelques mois dans une prison peut suffire pour corriger le déiste », qui voudrait « détruire les rites de la religion établie pour ramener les hommes à un culte intérieur et purement spirituel ». C'est la tâche du gouvernement de maintenir cette religion traditionnelle et nationale, et d'empêcher « qu'il ne s'en forme une nouvelle-^ ». Toutes ces maximes sont intéressantes, et méritent d'être recueillies : elles ne montrent pas seulement la vitalité de la doctrine de Rousseau, mais elles servent encore, quoique rétrospectivement, à expliquer cette doctrine; elle font mieux sentir — ce dont nous avions eu une première preuve en étudiant le Contrat — que le chapitre de la Religion civile, avec ses « apophtegmes à la lacédémonienne », son allure dictatoriale et presque transcendantale, ne contenait guère qu'une thèse traditionnelle, celle de presque tous les théoriciens du droit public dans les États chrétiens. Mais cette remarque même doit nous rendre prudents
l.De la législation [383], 349.