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LKS « PAROISSIENS ]iU VICAIUli SAVOYARD ». 113
dans ces délimitations dinlluence : s'il y a chez Mably des emprunts indéniables à Rousseau, l'apport de l'esprit du siècle les niasf(ue souvent, ou, parfois même, les a rendus inconscients.
C'est une remarque de même ordre que suggère Vllistoire pliilosophique des deux Indes. Telle page hautaine et intransigeante de Raynal pourrait paraître d'abord une pensée du Contrat, logiquement poussée jusqu'à son extrême limite; et cette page, je la cite ici, parce qu'elle nous aidera plus tard à limiter la part de Rousseau dans l'histoire religieuse de la Révolution française :
1/État, ce me semble, dit Raynal,' n'est point fait pour la religion, mais la religion est faite pour l'État, premier principe.
L'intérêt général est la règle de tout ce qui doit subsister dans rÉtat. second principe.
Le peuple, ou l'autorité souveraine dépositaire de la sienne, a seul le droit de juger de la conformité de quelcjuc institution que ce soit avec linlérét général, troisième principe.
Ces trois principes me paraissent d'une évidence incontestable, et les propositions qui suivent n'en sont que les corollaires. C'est donc à cette autorité, et à cette autorité seule, qu'il appartient d'examiner les dogmes et la discipline d'une religion : les ..dogmes pour s'assurer si, contraires au sens commun, ils n'exposeraient point la tranquillité à des troubles d'autant plus dangereux que les idées d'un bonheur à vcnii' s'y compliqueiont avec le zèle pour la gloire de Dieu et la soumission à des vérités qu'on regardera comme révélées; la discipline, pour voir si elle ne choque pas les mœurs régnantes, n'éteint pas l'esprit patriotique, n'affaiblit pas le courage, ne dégoûte point de l'industrie, du mariage et des affaires publiques, ne nuit -pas à la population et à la sociabilité, n'inspire point le fanatisme et l'intolérance..., ne diminue point le respect dû au souverain et aux magistrats....
Point d'autre concile que l'assemblée des ministres du souverain. Quand les administrateurs de l'État sont ensemble. l'Église est assemblée. Quand l'État se prononce, l'Église n'a plus rien à dire.
Point d'autres canons que les édits des princes et les arrêts des cours de judicature.
La religion de J. J. Rousseau. — III. 8
Point d'autres apôtres que le législateur et les magistrats. Point d'autres livres sacrés que ceux qu'ils auront reconnus pour tels.
Rien de droit divin que le bien de la république '.
A première lecture, cette page de Raynal pourrait sembler une simple amplification sur quelques paragraphes du chapitre de la Religion civile, ceux, par exemple, où Rousseau reconnaît que « Mahomet eut des vues très saines » en établissant « un gouvernement exactement un », où il félicite Hobbes d'avoir bien discerné le principe d'anarchie que toute religion indépendante introduit dans un État, et d'avoir apporté le remède à côté du mal, en « osant proposer de réunir les deux têtes de l'aigle et de tout ramener à l'unité politique, sans laquelle jamais gouvernement ni État ne sera bien constitué - ». Mais, à regarder de plus près cette page de Raynal, elle est bien moins rousseauiste qu'on serait d'abord tenté de le croire, car Raynal ne réunit qu'en apparence « les deux têtes de l'aigle » : dans sa pensée, c'est l'État qui absorbe la religion, et se transforme lui-même en religion. Cette autorité souveraine de l'État, disait-il dans un paragraphe que j'avais précisément supprime pour laisser à la page toute son allure rousseauiste, « cette autorité, et cette autorité seule peut donc prescrire le culte établi, en adopter un nouveau, ou même se passer de culte, si cela lui convient ». Et l'on sent assez que cette dernière hypothèse a toutes les préférences de Raynal. Comme elle nous entraîne loin de Rousseau, de ces « sentiments de sociabilité », ou plutôt de ces dogmes vraiment religieux, sans lesquels il est impossible à l'État, comme au citoyen, de remplir sa mission et de servir la justice! On peut croire que les formules si impérieuses de Jean-Jacques ont encouragé Raynal à présenter son étatisme avec une confiance plus autoritaire; mais l'esprit de ces deux codes reste très