‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 88 sur 386 · Christianisme dévoilé · texte numérisé non relu

Christianisme dévoilé

2. Cf. A. Feugère, Raynal, Diderot et quelques autres « Historiens des Deux-Indes » [83], XX, 343-378.

fût éternelle «. C'est pourquoi, eontinue Raynal, les nations de l'Europe ont peu à peu secoué le vieux joug chrétien. « Elles ont assez généralement rejeté de l'ancien culte ce qui contrariait leur raison, et n'ont conservé qu'un christianisme dégagé de tous les mystères. La révélation elle-même a été abandonnée ». Et, sans doute, on pourrait extraire de l'œuvre de Rousseau ces mêmes principes, quoiqu'il ait pu rejeter l)ien des fois « lobligalion de reconnaître la révélation », mais quïl n'ait jamais voulu rejeter la révélation elle-même ' ; cependant, quand encore le contenu de ces pages de Raynal se trouverait dans la pensée de Rousseau, il ne s'y retrouverait jamais avec cette brutale sécheresse; et surtout, Rousseau n'aurait jamais pu se complaire comme Raynal dans lespérance de la disparition progressive de la religion : (c Par une impulsion fondée dans la nature même des religions, disait Raynal, le calholicFsme tend sans cesse au protestantisme, le protestantisme au socinianisme, le socinianisme au déisme, le déisme au scepticisme ». Rousseau préférait en rester au catholicisme que d'aboutir comme Raynal au scepticisme athée. Il y a un point où la pensée religieuse de Rousseau rencontre celle de Raynal, mais c'est un point de divergence.

Ce n'est pas que, même dans les milieux encyclopédistes, Rousseau n'ait exercé d'influence religieuse. Il semble, au contraire, que sa sensibilité, ses appels au cu'ur, aient comme détendu el attendri, chez quelques-uns, le rationalisme voltairicn. Un homme qui paraît l'avoir détesté de tout son cœur, et auquel il n'a pas tenu que Jean-Jacques i;ie fût définitivement classé parmi les méchants ou les fous 2, Marmonlel, a pourtant subi, sans le vouloir peutêtre, la séduction du Vicaire Savoyard. Ses Incas, dont le but, comme ^ iU'annoncc sans délour ■■. est dd» contri-

1. Cf. Profession de foi [47], 399; LcLlre à M. de Beaiunonl, III, 107:

2. Cf. ses Mémoires [147], passiin, et notamment IJ, 246-259, III, 23-32.

LES u PAROISSIENS DU VICAIRE SAVOYARD ». 117

huer à laire détester de plus en plus le lanatismc destructeur, dVnipècher qu'on ne le confonde jamars avec une religion compatissante et charitable, et d'inspirer pour elle autant de vénération et damour que de haine et d'exécration pour son plus cruel ennemi'». — ces Incas poui'raicnf s'expliquer uniquement par l'inlUience voltairicnnc : ils sont dans la ligne d'Alzire, de Mahomet et de la Religinn nahirelle; mais son Bélisaire, qui paraît cinq ans après la Prufession de foi, n'aurait pas eu cette apparence d'émotion et cette onction, s'il n'avait été. sans doute, composé dans un premier et instinctif mouvement d'enthousiasme pour l'œuvre de Rousseau. Plus prudent rpie le 'Vicaire Savoyard, Bélisaire ne se refusera pas le plaisir, devenu peu dangereux, de scandaliser la Sorbonne-, mais il resiiectera les puissances établies. Au demeurant, sa profession de foi, plus adoucie dans quelques formules, est bien celle de Jean-Jacques :

be triomphe de la religion, dit-il à Justinien, c'est de consoler l'homme dans le malheur..., c'est de mêler une douceur

céleste aux amertumes Je la vie Qui m'ùterait l'idée du ciel

me réduirait peut-être au désespoir. — Vous vous faites, dit l'empereur, une religion, en effet, bien douce. — Et c'est la bonne, reprit Bélisaire.... Je sais bien que, lorsque des hoiimies jaloux, superbes, mélancoliques, nous représentent Dieu, ils le font colère et violent comme eux ; mais ils ont beau lui attribuer leurs vices, je tâche, moi, de ne voir en lui que ce que je dois imiter. Si je me trompe, au moins suis-je assuré que mon erreur est innocente.... — Ce Dieu, reprit Justinien, n'en est pas moins un Dieu terrible. — Terrible aux méchants, je le crois, dit bélisaire; mais je suis bon; et autant l'àme d'un scélérat est incompatible avec cette divine essence, autant je me plais à penser que l'àme du juste lui est analogue -^

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