Philosophie de lu nature [365 B], VI
intentions du Vicaire Savoyard, mais qui décèlent un cœur appauvri, incapable de piété, impuissant à s'émouvoir :
L'Orient gémissait sous la double tyrannie de ses lois et de ses prêtres, lorsqu'il parut dans son sein un homme extraordinaire, né pour nous consoler de nos malheurs, ou pour les l'aire dispacaitre.... Toute sa loi se borna à deux do^^■mes : aime ton Dieu plus que toi, et les hommes comme toi-même.... Ce grand homme fut Tapùtre de la tolérance : il accueillait les polythéistes, ils ne dédaignait pas les courtisanes, il ne tonnait que contre les prêtres.... On lui a attribué une foule de prodiges : il en est qu'il a opérés avec la physique; les autres ne sont que de pieuses allégories. Il a soulTert qu'on l'appelât « fils de Dieu »; mais c'est dans le sens que nous n'existons tous que par ses bienfaits. La vie de ce législateur célèbre fut un cercle continuel de bienfaits; il prêcha et pratiqua sans cesse la morale pure et pacifique de la nature. Devenu odieux au fanatisme par le spectacle de sa vertu, il termina sa carrière par le supplice des esclaves; sa mort fut plus héroïque que celle de Socrate, à cause de l'oppression qui l'accompagna; elle fut aussi plus douloureuse que celle de Régulus, sans être moins utile au genre humain. Esclaves de l'Asie, citoyens de l'Europe, nègres, albinos, nains du cercle polaire, géants des terres magellaniques, vous tous, habitants de ce globe, puissiez-vous un jour être réunis sous la loi de ce grand homme! Mais n'écoutez que lui, et non ses interprètes. Souvenez-vous que les ennemis les plus dangereux de .sa doctrine ont été ses enthousiastes, et que, si les philosophes de toutes les nations ont tonné contre son Évangile, c'est qu'ils ont cru, sur la parole dos prêtres, qu'il était destiné à renverser la nature '.
Personne ne voudrait couij)arer ce ](turd bavardage à l'éloge de l'Évangile par le Vicaire Savoyard; mais qui ne voit que le Vicaire a passé parla! Ce n'est plus le ton de D'Holbach, de Voltaire, du curé Meslier; c'est un théisme, qui n'abandonne pas son rêve de <( religion de la nature », de religion <( universelle », et qui naïvement en prévoit la