‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 93 sur 386 · Philosophie de la nature [365 1$], VI · texte numérisé non relu

Philosophie de la nature [365 1$], VI

réalisalion prochaine', mais qui veut aussi procéder par étapes lentes, respecter la tradition nationale, ménager la faiblesse des âmes i)ieuses. Au moment où le matérialisme athée fournit son plus grand effort, pour essayer de faire une France athée, Delisle de Sales reste, aux côtés de Jean-Jacques, un « défenseur de la cause de Dieu ». Il continuera, d'ailleurs, à être pour nous un témoin utile de révolution du rousseauisme religieux; et son Mémoire en faveur de Dieu nous montrera, en 1802, comment, sans sètre converti davantage, un honmie qui avait vingt ans, quand a paru la Profession de foi, et qui s"est laissé façonner par elle, est mûr, quarante ans plus tard, pour se rallier au double concordat de Chateaubriand et de Bonapart(\

11 serait non seulement trop long, mais fastidieux et peut-être vain, de vouloir suivre, à travers toutes les œuvres philosophiques de la fin du xviii" siècle, en les étudiant une à une, l'action religieuse de Rousseau. Ces ceuvres, pour la plupart, fades, sans couleur, sans personnalité, sans talent d'expression, ne gardent aujourd'hui encore quelque intérêt que parce qu'elles représentent un l)ublic. Mieux vaut donc tenter, semble-t-il, de retrouver derrière elles, le public qui les fait naître et qui les lit, et, dans ce public, les grands courants de pensée et de sensibilité religieuses que l'œuvre de Rousseau y a déterminées. Pour les jeunes gens qui, lisent la Profession de foi dans les vingt dernières années de l'ancien régime, toutes les parties de ce discours ne sont pas également prenantes. Quelques thèmes les sollicitent et les retiennent davantage, soit parce que la vie présente continue de les rendre actuels, soit parce que Rousseau les a traités avec une émotion à laquelle ils ne peuvent plus se dérober, A suivre

1. Cf. l'avant-clernier chapitre du livre [365 B], 460-468 : « De rinstitution d'une relifiion universelle ».

la jeune littérature philosophique qui se lève derrière la Julie eiVÉmile, on s'aperçoit qu'elle est lancée sur quelques pistes dont le point de départ est chez Jean-Jacques.

Ce seront surtout les orateurs d'Église, nous le verrons, qui utiliseront les précieux « aveux « du Vicaire Savoyard sur la philosophie contemporaine, cette philosophie (^ désolante », qui ne trouve des raisons « que pour détruire », qui « ôte aux affligés la dernière consolation de leurs misères, aux puissants et aux riches le seul frein de leurs passions 1 ». Mais les prêtres et les moralistes chrétiens ne seront pas les seuls à renier cette philosoi)hie destructrice. Les dernières pages de la Profession ont donné une forme et une force définitives à toutes ces protestations, qui allaient se multipliant, contre des systèmes purement négatifs. Mirabeau, Pompignan, Fréron, Chaumeix en avaient déjà flétri la vanité et l'inhumanité. Mais, quand Jean-Jacques aura lancé son anathème, tous les autres seront oubliés : ce sera désormais une belle matière pour les rhéteurs en quête de déclamation. Un journaliste, tfui a le sentiment des opportunités, s'en empare immédiatement. Deux ans après la Profession, l'avocat Linguet, celui pourtant qui défendra le chevalier de la Barre -, publiait son Fanatisme des philosophes, qu'il présentait comme un développement de la thèse de Rousseau sur les S(^iences et les arts'% mais qui était, en fait, une simple paraphrase de la grande note finale de la Profession. C'est la même opposition entre les deux fanatismes, le vrai fanatisme, cruel" sans doute, mais loyal et générateur de grandes choses, et le fanatisme hypocrite des « philosophistes », dont les ravages, plus profonds, sont sans remède.

Le fanatisme religieux ensanglante la terre..., il serait inutile de le nier. Cette vérité, démontrée par l'expérience de tous

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