Fanatisme des philosophes
Li:S « PAROISSIKNS DU VICAIRI': SAVOYARD >■> . 127
les siècles, est une triste preuve de la faiblesse humaine. 1-e fanatisme philosophique, moins destructeur en apparence, est-il moins funeste en effet? Parce qu'il est plus tranquille, faut-il croire qu'il soit moins nuisible? L'un ébranle la terre, il déshonore les maximes consolantes de la religion par les actions cruelles des enthousiastes; il égare quelquefois les liommes, mais il leur donne la force de marcher. La vigueur qu'il nourrit dans les âmes peut les conduire au crime, mais elle les soutient sur le chemin de la vertu. L'autre, au contraire, introduit dans le monde un calme perfide; il n'entraîne peutêtre pas nécessairement au vice, mais il empêche nécessairement d'arriver à la vertu. 11 n'égorge pas les hommes au nom de Dieu, mais il les empoisonne, il les fait périr par l'abus du luxe. Ce n'est pas, si l'on veut, à des arguments théologiques qu'il les immole, c'est à des passions occultes et honteuses. S'il ne se détruisait pas lui-même à force de détruire, si ses progrès n'anéantissaient pas les sciences dont il est né, si la favorable ignorance ne venait ouvrir un asile au monde, si, par une attention de la Providence, elle ne soutenait autant la population d'un côté que la philosophie la détruit de l'autre, le genre humain périrait en peu de temps sous les yeux de ses docteurs. . . . Quoi qu'on en dise, si les instituteurs sacrés ont fait quelquefois de leurs élèves des enthousiastes crédules, les instituteurs philosophes n'ont guère fait de leurs disciples que defe barbares voluptueux.
Et Linguet terminait son réquisitoire, dont on aura remarqué toutes les idées rousseauistes, en reprochant au « fanatisme philosophique », non seulement de détruire les bases traditionnelles de la moralité, mais, par « la lâcheté avilissante » de ses pontifes, de « dégrader » et (V « avilir les cœurs ' ».
L'accusation est maintenant lancée : avec plus ou moins d'emportement et de mépris, elle va passer de bouche en bouche, et réunira dans une espèce de coalition tous ceux qu'ont déçus les rêves encyclopédistes. Un barbouilleur de papier, comme Dclisle de Sales, qui, somme toute, restait sympathique à la plupart des philosophes, et qui se