‹ La religion de J.J. RousseauChapitre 96 sur 386 · Dolbrcuse [416], il · texte numérisé non relu

Dolbrcuse [416], il

jamais été », qui « persifllait les Épictètes », c'est-à-dir(^ les Jcan-Jacqucs, au lieu de se laisser régénérer par eux'. Tou§ ces « philosophes m, à la fois malheureux et incertains, sont des preuves vivantes de la banqueroute de la raison. Elle nous grise de ses promesses, pour nous conduire à labime. ■( Entendement sans règle, raison sans principe », avait dit le Vicaire Savoyard - : ces mots découragés vont autoriser tous les scepticismes intellectuels : « Pauvres èlres que nous sommes, s'écrie le jeune Brissot, pouvonsnous invoquer la raison, parler d'évidence sur des matières aussi abstraites » que l'existence de Dieu et le [)roblème de la destinée humaine : « la raison ne me montre que des ténèbres, où le sens moral m'éclaire et me dirige 3 ». Bernardin de Saint-Pierre, encore plus défiant, pose des maximes plus catégoriques : « Je combats, déclare-t-il bravement, ce principe prétendu de nos lumières que nous appelons raison.... Nos sciences nous trompent;... elles mettent, à la vérité, des balances dans nos mains; mais ce ne sont pas celles delà justice.... Elles nous mènent par des routes séduisantes à un terme elîrayant ». Et bien vite, comme il est inévitable, à ce sentiment de la vanité, de l'impuissance et de la malfaisance du savoir, vient se mêler un arrière-goùt religieux : « La science, dit encore Bernardin, traîne à la suite de ses recherches ambitieuses cette malédiction ancienne prononcée contre le premier homme qui osa manger du fruit de son arbre ' ».

Ce discrédit jeté sur la raison, et ces rancunes contre la « philosophie », s'expliquent par une conception de la vérité, que nous avons vu naître dans la génération anté-

1 Brissot, De la vcritc [407], 302.

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