Études de la nature [418], I, 112, 138, II
La religion de J. .J. Rousseau. — III.
rieure à Rousseau, que le Vicaire Savoyard a présentée en formules émouvantes, et que va désormais soutenir une dialectique nouvelle. « Parce qu'une vérité est terrible, est-ce une raison pour la combattre ^ «? demandait en 1756 le pieux Thomas, alors tout jeune et obscur auteur. Je ne suis pas certain qu'il eût repris sa question vingt ans plus tard; car aux âmes sentimentales, qui forment son public, il paraîtra que c'est une mauvaise marque, pour une « vérité ^>, d'être non seulement sans séduction, mais « terrible ». <c II ne s'agit pas de savoir ce qui est vrai, mais ce qui est utile », avait répété Rousseau-; et, sans oser peut-être souligner celte application du principe, il l'avait appliqué pourtant au problème religieux. Son Vicaire s'était mis en quête de la vérité, mais d'une vérité qui devait être « consolante », « conforme à sa natux'e ». « Consultons la lumière intérieure, disait-il; elle m'égarera moins que les philosophes ne m'égarent; ou, du moins, mon erreur sera la mienne, et je me dépraverai moins en suivant mes propres illusions qu'en me livrant à leurs mensonges^ ». Mais c'est surtout à la lin de Isl Profession, quand il fait avec violence le procès des « philosophistes », qu'il nous livre ingénument sa théorie de la vérité, de cette vérité qui, pour être vraie, doit être humaine et utile. Après avoir rappelé les destructions morales auxquelles aboutissent les « désolantes doctrines » des philosophes : voilà donc, s'écrie-l-il, ceux qui « se vantent d'être les bienfaiteurs du genre humain! Jamais, disentils, la vérité n'est nuisible aux hommes, je le crois comme eux, et c'est à mon avis une grande preuve que ce qu'ils enseignent n'est pas la vérité '■^ ». Mais, à prendre les choses en toute exactitude. « il ne le croit pas comme eux )). Pour eux, la vérité est toujours utile, dès lors qu'elle est la vérité. Elle peut être triste, couper court à des