Voir plus haut, § 2 du présent Chapitre
76 LE SPIRITUALISME DE l' ATHÉE
étoiles » par ciel couvert jusqu'au rayonnement du soleil méridional, un reflet fugitif dont on ne peut rien dire sinon qu' « il y a eu quelque chose », aussi bien qu'un objet regardé à la loupe, pendant des heures, sous un éclairage irréprochable.
Gomment avons-nous conscience du mouvement des véhicules qui nous transportent ? En palier, et en ligne droite, quand la vitesse est uniforme, la voie et le matériel parfaits, les attelages bien serrés, nous n'avons, en wagon, aucune sensation du mouvement, quel que soit le nombre de kilomètres franchis par heure. Mais nous percevons les accélérations et les ralentissements, et le passage des courbes, c'est-à-dire les changements, ceux de vitesse comme ceux de direction, ou, pour s'exprimer autrement, les résistances, les obstacles : résistance, obstacle opposés par l'inertie du train aux déviations hors de la ligne droite, aux augmentations ou diminutions de vitesse.
On exprimerait de la même manière toutes les causes de conscience du mouvement sur les chemins de fer moins exceptionnels : les ressauts du wagon à chaque joint du rail, son roulis, son ferraillement, ses cahots divers, cela se traduit aussi bien en obstacles et résistances.
Nul besoin d'insister sur l'infinie gradation dans l'intensité des états de conscience qui peuvent être ainsi provoqués ; elle s'étend depuis l'élan insensible que nous ressentons au démarrage savant d'un bon mécanicien jusqu'au choc brutal du tamponnement. Plus sont grands les changements, obstacles, résistances, plus est vive la lueur allumée dans notre conscience.
Il en est ainsi de la conscience que nous avons de notre propre activité. Elle se proportionne à la grandeur des obstacles, résistances, gênes, qui s'opposent à celles-ci.
Une gêne essentielle d'un mécanisme, c'est d'être en mauvais état. Nous devons donc avoir conscience des accidents plus ou moins graves survenus à nos organes, ou au milieu moral dont notre esprit a besoin, ou d'une menace imminente de tels accidents : il est inévitable que nous souffrions. On s'explique parla que notre conscience du bien-être soit en général vague, diffuse, et celle qu'éveille la douleur précise. Une machine qui marche bien est celle à laquelle il « n'arrive rien » ; cela ne peut correspondre qu'à l'absence d'avertissements. Quand on est en bonne santé, disent parfois les médecins, on ne doit pas « se sentir ».
A la souffrance se rapportera plus ou moins la rencontre que nous faisons d'obstacles et de résistances : nous avons conscience alors de certaines entraves opposées à notre activité, et d'efforts plus ou moins « pénibles » à faire pour la poursuivre. Il est vrai qu'une compensation leur est attachée. D'après une loi biologique, le bon entretien des organismes vivants supérieurs nécessite leur fonctionnement : des animaux maintenus dans l'immobilité complète ne se portent pas bien, même si on les nourrit suffisamment. Ils ont besoin d'activité et par conséquent d'efforts puisque leur activité est trop complexe pour se réduire jamais à un automatisme absolu. Le repos trop complet devient un préjudice au mécanisme, ce dont il
avertit par l'apparition dans la conscience d'un sentiment de malaise.
Un point d'équilibre existe en deçà duquel l'absence d'efforts fait souffrir et au delà duquel l'effort fatigue ou devient douloureux de quelque autre manière.