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DÉVELOPPEMENT DE LA CONSCIENCE ET DE LA LIBERTÉ

La conscience a le plus à s'éveiller là où le fonctionnement est le plus complexe, le plus varié, le plus irrégulier, là où il y a le terrain le plus capricieusement accidenté, là où il y a le plus à découvrir.

Maximum auquel répond le travail de pensée. Il est, en effet, la marche à travers une région fertile en obstacles imprévus et variés au point que deux philosopties explorant le même district de pensée différeront dans tous les détails de leurs découvertes respectives ; il n'y a que leurs vues panoramiques qui, parfois, seront pareilles. La plupart des penseurs ne cessent pas un instant d'avoir conscience de ce à quoi ils pensent. Très rares sont les cas avérés d'écriture automatique. Et il faudrait vérifier s'ils ne correspondent pas à la détente inconsciente d'un ressort consciemment tendu.

Le grand philosophe et mathématicien Henri Poincaré monte un jour en tramway : soudain il fait sa plus grande découverte mathématique. C'est la solution d'une question que, se croyant four-

voyé dans une impasse, il a laissée de côté depuis plusieurs semaines déjà. Mais il s'était livré dans sa recherche à un travail acharné : il avait tendu consciemment autour de l'inconnu un ingénieux système de ressorts, et puis, inopinément, un déclic opéré sans effort avait fait fonctionner Tengin.

Gomment Newton a-t-il découvert la gravitation universelle ? En voyant tomber une pomme. Le public préfère s'en tenir à la pomme : voilà la vraie inspiration, la marque du génie, le miracle ! Qui donc, sinon un homme extraordinaire, comprendrait que la pomme tombant en ligne droite signifie la terre pivotant sur elle-même comme une toupie et tournant autour du soleil ? On oublie que Newton a connu les travaux de Galilée, de Kepler, d'Huyghens, de Gibert, mais lui ne l'a pas oublié, et sa Philosophia naturalis expose exactement où en était la question avant lui : il ne revendique que le mérite d'avoir trouvé un lien entre les découvertes de ses prédécesseurs ; ce n'est que cela, en effet, et c'est immense. Longs efforts de pensée consciente, interrompus peutêtre par quelque durable diversion. La pomme a été le déclic. Croit-on que Newton aurait eu moins de valeur scientifique si l'inspiration décisive lui était venue tandis qu'il se faisait la barbe ? Gardons tout de même la pomme, c'est plus sûr pour la popularité de l'illustre Anglais.

Notre pensée déflagre ainsi parfois dans notre conscience comme une bombe à grand retardement, et elle nous fait alors Teffet d'un éclair jailli du néant par l'ordre d'un Verbe surnaturel caché en nous. Si nous n'avions la vanité de pré-

82 LE SPIRITUALISME DE l'aTHÉE

mesure que l'on purifie l'atmosphère ; son intensité dépasse la norme si l'on enrichit d'oxygène l'air où elle brûle. Dans l'oxygène pur elle atteint une haute vitalité que l'on peut encore activer en accélérant l'afflux du comburant, comme on le fait pour ces dards de chalumeau qui coupent la tôle d'acier ou qui,s'écrasant sur un morceau de craie, produisent la lumière oxhydrique, rivale du jour.

La flamme dépend donc à la fois de ce qu'elle brûle et du milieu où elle brûle, et cependant elle n'est ni le combustible, ni le comburant, ni leur mélange ou leur juxtaposition.

Ouvrez à l'air libre un bec d'acétylène, le courant gazeux qui en coulera se diffusera intimement dans l'atmosphère, et il n'y aura pas de flamme, à moins que vous n'ayez approché une allumette, elle-même enflammée.

11 y a analogie entre le cerveau et le flambeau, entre le milieu humain où vit l'individu porteur du cerveau et l'atmosphère comburante. L'esprit, la flamme-pensée, qui n'est ni le cerveau, ni le milieu humain, est conditionné par l'un et par l'autre.

Le cerveau-chandelle ne se couronnera jamais d'un esprit aussi éclatant que le cerveau-acéty- ''i' lène, tandis que celui-ci, à son tour, alimentera un phare ou une veilleuse, suivant que sa flamme brûlera dans une atmosphère humaine riche ou pauvre en oxygène spirituel.

Prenez un tout jeune indigène australien, élevez-le dans la société de plus haute culture quif*' soit, vous le hausserez à peine au niveau de dos'^"cancres définitifs.

k ORIGINE HUMAINE DE l'eSPRIT 83

Imaginez Newton mis en nourrice et oublié iiez des Esquimaux, quelles idées de science ou [e piîilosophie aurait-il pu concevoir? Si quelque louillonnement se fût élevé dans ce puissant cereau, c'eût été pour agiter avec plus de force le haos de la mysticité primitive. Le Newton de Apocalypse pouvait seul se développer, non ceji de la Gravitation Universelle : un grand sorier de la tribu.

Quant à l'individu absolu, type théorique et irêalisable, ce cerveau sans milieu humain, c'est n flambeau dans le vide pneumatique : il ne allumera jamais; c'est une graine d'homme qui e sera pas pins un homme que ne sera chêne le land oublié dans un séchoir.

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