DÉFINITION PHILOSOPHIQUE DE L'ATHÉISME
§ 1. — LE MOT DE « MATÉRIALISME » n'a PLUS
qu'un sens désuet.
Athéisme signifie négation de Dieu et, par extension, de tout ce qui est d'un certain ordre dit « surnaturel », comme l'âme autonome. Il y a des athées qui, s'en tenant là, ne s'embarrassent pas de la recherche d'affirmations. Ce sont des athées sans consistance : leur négation tombera soudain pour peu qu'une évolution sentimentale se produise en eux, car ils n'auront qu'un sentiment défunt, c'est-à-dire rien, à opposer à un sentiment nouveau.
11 leur faut une doctrine positive, ou leur athéisme n'est qu'un accès de passion.
Cette doctrine existe. Pour les gens du peuple et du monde, elle s'appelle encore « matérialisme ».
Un tel nom avait sa raison d'être il y a de cela une cinquantaine d'années. 11 ne se justifie plus.
Aujourd'hui, l'extension qu'ont prise les théories de la science sur la matière ont complètement
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dématérialisé la matière. On a appris que la caractéristique de celle-ci, la propriété d'avoir toujours plus ou moins de pesanteur, d'être pondérable, n'est pas irréductible, et se ramène à l'électro-magnétisme. L'atome, encore pesant, apparaît comme un système planétaire d'électrons ; sa cohésion, sa solidité, n'est qu'un effet de la vitesse de ces planètes de l'infîniment petit conçues ellesmêmes sous les espèces d'entités électriques ou de gyroscopes de l'impondérable éther.
Enfin, d'après la dernière généralisation de la physique, basée sur le principe de relativité, il n'y a plus même d'éther : on le délaisse pour ne plus considérer l'étendue cosmique tout entière que comme un champ de forces, un vaste bloc pour ainsi dire de structure fibreuse, mais où les fibres seraient dynamiques, marquant en chaque point une intensité ou densité et une direction de force.
A côté de ces systèmes, en existent d'autres qui ne semblent pas destinés à la même fécondité. Ils prennent comme point de départ ce principe qu'il est vain de s'occuper de la constitution de la matière, qu'il faut s'en tenir aux seules énergies, activités diverses de l'univers. Desnon-spiritualistes, tel le chimiste allemand W. Ostwald, et des catholiques, tels que le regretté P. Duhem, ont également considéré cet a énergétisme intégral » comme plus favorable que toute autre théorie à leurs doctrines philosophiques respectives *.
1. Voir Jules Sageret. Laiagae mystique. Paris, 1920. pp. 90-
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Que reste-t-il, dans tout cela, de cette matière avec laquelle nos sens nous ont familiarisés ? Quel autre traitement lui faire subir pour la « spiritualiser » ?
C'est ce que marque en somme P. Duhem luimême quand il dit : «.., Lorsqu'on sera parvenu (aux) propriétés premières des corps... on trouvera. . . qu'il faut nécessairement y reconnaître quelque chose qui ait du rapport aux âmes et qu'on appelle communément forme substantielle ou force comme dit Leibnitz en maint endroit *. »
M. P. Vignon, un savant biologiste et néothomiste, c'est-à-dire catholique comme P. Duhem, écrivait : « Une âme, capable d'agir sur les forces qui régissent la matière, est elle-même une force directrice de la matière, et par suite, une force physico-chimique "... » Et : « La force est le principe éternel ^.. L'histoire de FUnivers forme un livre, que la force écrit avec la matière, et qui a réellement une première page *... » Donc, création ; au commencement il n'y avait que la force. La force, c'est Dieu et c'est l'âme.
Or W. Ostwald, qui répudie le spiritualisme, supprime la notion de matière comme inutile et réduit tout à Ténergie. Donc, lui et les physiciens du principe de relativité, dont plusieurs à ma connaissance sont non moins athées, procla-
1. Revue Générale des Sciences, janvier 1903. pp. 71-72. Cité par Félix Le Dantec : L'Athéisme. Paris, 1906. pp. 177-178.
2. La Notion de Force, le Principe de l'Energie et la Biologie générale. Causeries de la Société zoologique de France, année 1900. pp. 2-8.