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nieraient, suivant MM. Duhem et Vignon, spiritualistes avérés, qu'il n'y a au monde que de l'âme. Gela montre au moins que l'épithète de « matérialistes », appliquée aux incroyants d'aujourd'hui, ne répond plus à aucune définition de doctrine. Par voie de conséquences, le mot de « spiritualiste » est logé à la même enseigne de confusion.

^ A l'appui de cette remarque viennent encore les idées de Le Dantec sur la vie : il dit que l'individu vivant, différant à chaque instant de ce qu'il était à l'instant précédent, est une histoire, qu'il provient d'un germe définissable seulement lui-même comme un moment de l'histoire d'une lignée remontant aux origines mêmes de la vie.

(( Histoire » ici est le rigoureux équivalent de la « durée » bergsonienne que Bergson et ses disciples considèrent comme le solide fondement d'un ordre non matériel.

Enfin l'esprit, lel que le conçoit l'athée, n'a rien de matériel.

11 faut donc trouver autre chose que « matérialisme » et « spiritualisme » pour marquer la séparation philosophique entre le « croyant » et (( l'incroyant », le théiste et Tathée.

§ 2. — LA SCIENCE EST UNE PHILOSOPHIE, ET, POUR l' ATHÉE, LA SEULE PHILOSOPHIE.

« Philosophie de tel sujet » signifie idées générales, vue générale, sur tel sujet ; « philosophie » tout court doit par conséquent signifier idées gêné-

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raies, vue générale, sur rensemble de ce qui est.

Pour que la Science mérite ce nom, il faut donc que l'on puisse la considérer comme une doctrine de l'activité et de l'être universels.

On ne le pourrait pas s'il y avait vraiment des murs étanches entre les diverses sciences. Or on n'en voit aucune qui ne soit en rapports étroits avec une voisine.

Il y a interaction constante entre les phénomènes psychologiques et les physiologiques : nos sensations, notamment, sont sous la dépendance de nos organes des sens ; notre « état moral » et notre « état physique » réagissent l'un sur l'autre. Pas d'être vivant qui ne soit une cellule ou un complexe de cellules, de sorte que la biologie cellulaire est à la base même de toute physiologie. Puis le fonctionnement vital des cellules s'accompagne toujours de phénomènes physicochimiques : leur nutrition, leur respiration, leur mouvement, leur désassimilation impliquent osmose, oxydation, dissolution, etc.. Et le nom même de « physico-chimie » exprime que la physique et la chimie, naguère assez faciles à distinguer, se fondent aujourd'hui l'une dans l'autre sur un vaste département de faits où l'on ne peut plus savoir au juste à laquelle des deux on a alfaire ; ce district comprend, entre autres, l'état colloïdal de la matière, la théorie cinétique des gaz, la radio-activité, etc.. Enfin la mécanique et l'énergétique cimentent cet ensemble en lui fournissant des lois qui sont en même temps des procédés méthodiques et de l'expérience au plus haut degré de généralisation.

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Bien plus évidents encore sont les liens qui unissent l'astronomie, la géologie et diverses autres sciences non énumérées soit entre elles, soit avec les premières, et les constituent parties intégrantes d'un vaste organisme de relations entre tous les faits de l'Univers. Ce système s'appellerait, par excellence, la Physique^ suivant l'étjmologie grecque de Science de la Nature,

Il importe seulement de lever deux objections.

L'une est relative à la psychologie. Gomment, dira-t-on, la psychologie peut-elle prendre place dans un ensemble tel que la Science ? Celui-ci n'assemble, en effet, que des faits « objectifs », c'est-à-dire dont l'observation doit être entièrement impersonnelle, dépourvue de tout arbitraire, la même pour vous ou moi, ou n'importe qui : des faits qui se passent entre le dehors et le dehors. La psychologie, au contraire, étant l'étude de l'esprit humain par Tesprit humain, s'occupe de ce qui se passe entre le dedans et le dedans ; c'est du « subjectif ».

L'autre objection concerne les mathématiques. Elles paraissent contraster avec les sciences physiques par une différence radicale : leurs « lois » sont d'une exactitude absolue, tandis que les lois physiques sont et demeureront toujours approximatives. Et Ton dit : — Voilà bien une cloison étanche ! puisque d'un côté vous avez la connaissance définitive, la certitude rigoureuse, et, de l'autre, toujours du vague et de l'indéterminé. —

La subjectivité de la psychologie est un leurre. Je ne puis exprimer de mon esprit que ce qui lui est commun avec d'autres esprits, sans cela on

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ne me comprendrait pas, et cela est objectif. De ma sensation du rouge on saura quelle suit l'impression produite sur ma rétine par la lumière émanée de tels objets — le coquelicot, le sang, la teinture de garance — dont nous convenons de dire qu'ils sont rouges, et c'est tout. Encore de l'objectif, rien que de l'objectif.

Quant au subjectif, quant à ma sensation du rouge à moi^ dans ma conscience, en quoi ressemble-t-elle à la vôtre ou en diffère-t-elle ? Nous n'en savons rien, et nous ne pouvons rien en savoir, et cela ne changerait rien à rien de le savoir : une fois d'accord pour mettre dans une catégorie commune tels effets de la lumière sur notre œil et les appeler « le rouge », nous nous entendrons parfaitement, nous presserons sur la palette le même tube de couleur pour peindre des surfaces que vous et moi déclarerons sans conteste « rouges », et il en sera ainsi malgré les plus fantastiques différences subjectives imaginables, même si, par exemple, ma sensation du rouge était précisément celle que suscite en vous le son de la flûte.

A plus forte raison se dérobe le subjectif des sentiments, tellement plus personnels, plus intimes, plus profonds, plus inaccessibles, que les sensations. Ils ne s'inscrivent dans une science commune des hommes que par leurs causes et leurs manifestations extérieures.

Il faut se représenter aussi combien peu on trouve de subjectif pur quand on explore le royaume intérieur. Ne provient du Moi tout seul que ce qui ne lui est p,as venu du dehors. Imagi-

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nez donc un homme mis à l'abri, depuis sa naissance, de la lumière, du son, des contacts, des variations de température, de toute cause de sensation, vous aurez le Moi pur, le subjectif rigoureux, et j'ose dire que cela ne ^era rien.

Le cas des mathématiques les met tout à fait à part. Expérimentales dans leur origine, elles ont entièrement perdu ce caractère.

La géométrie étudie des points dépourvus de toute dimension, des lignes sans largeur, des surfaces sans épaisseur, tous objets qui, n'étant accessibles qu^au raisonnement, n'ont plus de réalité que celle qu'ils tirent d'une définition : la mesure expérimentale, l'observation, cessent de présenter pour ces objets aucun intérêt. La géométrie (euclidienne) interdit d'ajouter ou de retrancher des 180° à quoi se monte la somme des angles d'un triangle le moindre « atome » d'angle, sous peine de négation absolue de la loi, alors qu'un triangle réel, formé avec nos traits de crayon, nos lignes de visée, n'a jamais 180° juste.

En somme, la géométrie n'a plus rien de physique, rien de naturel, dans son domaine. Ce qui est dit là à son sujet est vrai a fortiori de l'arithmétique et de l'algèbre qui ne considèrent que des abstractions poussées au maximum : les rapports de nombre et de grandeur.

Non seulement les mathématiques contrastent avec la Science par ce caractère mais elles font de Texpérience un usage tout à fait inverse : si elles s'en servent au besoin comme de procédé d'inspiration, la vérification, le verdict en dernier appel, appartiennent au raisonnement ; tandis que

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