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L'Athéisme, p

112 LA PHILOSOPHIE POSITIVE DE l' ATHÉE

Est commencement absolu le changement que rien de mesurable n'accompagne.

Ceci posé, le théiste et l'athée savent très bien ce sur quoi concorde ou ne concorde pas leur opinion quand ils affirment ou nient un commencement absolu. Il n'y a de commencement absolu ni pour l'un ni pour l'autre dans la chute de la pomme : ils savent bien tous les deux que la pomme a augmenté de poids en mûrissant, exerçant ainsi sur son pédoncule une traction croissante, tandis que celui-ci se desséchait, diminuait de résistance; augmentation de poids, dessèchement, résistance, tout cela est bien conçu par les deux adversaires philosophiques comme susceptible de mesure.

Mais là où ils se séparent, et alors en sachant pourquoi, c'est sur les états de conscience de Newton. Le théiste y voit une succession de faits que rien de mesurable ne relie, une suite de commencements absolus, tandis que l'athée affirme qu'en même temps se produisent, dans les neurones de Newton, des modifications chimiques, mécaniques, colloïdales, électriques..., toutes, par conséquent, susceptibles de mesure et différentes pour chaque état de conscience difiérent, comme aussi pour chaque état psychologique non-conscient.

Le commencement absolu est bien l'apport au monde de quelque chose d'absolument nouveau, soit, par conséquent, d'imprévisible pour l'homme.

L'idée de mesurable et de non-mesurable définit donc celles de création et de non-création, d'absolu et de non-absolu dans les commencements et la nouveauté, de prévisible et d'imprévisible.

Et par elle cesse enfin le quiproquo du déter-

minisme. L'histoire de l'Univers est, au gré du théiste, un flux d'événements où, avec le prévisible, alterne l'imprévisible, lequel n'est connu par Dieu que parce qu'il a des moyens de prescience, de vision, complètement étrangers à la nature humaine.

Tandis que, pour l'athée, il n'y a que du prévisible, non sans doute pratiquement mais idéalement, c'est-à-dire pour un Dieu, par exemple, qui aurait une intelligence, une science, des moyens d'investigation, infiniment supérieurs aux nôtres, mais tout à fait de la même espèce que les nôtres.

Monisme et dualisme se scindent donc ainsi :

Monisme : il n'y a que du mesurable.

Dualisme : il y a du mesurable et du non-mesurable.

Il faut remarquer que la formule du monisme de Le Dantec est beaucoup plus générale et philosophique que celle de Haeckel et qu'elle est du reste tout à fait générale. Hseckel,au lieu de faire porter l'unité sur le mesurable, se contente d'affirmer l'unité de substance de l'Univers. La science tend à lui donner raison : il semble bien que les corps, réputés jusqu'ici simples, de la chimie, soient tous résolubles en éléments pareils. Mais le tort de cette conception est de n'être que « chimique » ; elle laisse de côté la force, l'énergie, l'activité de l'Univers.

Tandis que la formule de Le Dantec englobe tout ; et elle ne présuppose même rien sur le système par quoi on préfère exprimer l'ensemble de tous les faits et de toutes les choses de l'Univers. Energétistes, mécanistes, atomistes, pluralistes... se rallient tous, au moins implicitement, au monisme de Le Dantec, s'ils sont athées.

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